Toto : « Nous utilisons des progressions d'accords et des harmonies qu'aucun autre groupe de rock n'utilise »

Samedi 16 Mai 2015

Interview. Steve Lukather, guitariste légendaire du groupe Toto, nous parle de Toto XIV, le nouvel album du groupe, de la tournée à venir et revient sur l'histoire de ce groupe à part dans l'histoire du rock.


Toto a réussi une cure de jouvence sur scène et maintenant en studio avec l'album Toto XIV. Quel est le secret de ce succès ?

C'est l'amitié de toute une vie qui m'unit à ces gars. Je connais les frères Porcaro, David Paich et Joe Williams depuis que j'ai quinze ans. Nous avons traversé ensemble toutes ces choses géniales ou horribles que la vie nous a réservés. Mais la musique et les rires nous ont maintenus unis.

C'est vrai qu'il y a eu des moments où nous n'avons pas été tous les quatre ensemble dans le groupe mais nous sommes restés amis malgré tout.

En voyant le Falling in Between Tour en 2007, j'avais l'impression que ce n'était plus Toto sur scène. Comment vous y êtes vous pris pour faire revenir tous les membres du groupe ?

Oui, ce n'était plus le groupe que nous avions formé au départ. Il y avait des musiciens fabuleux sur scène, Lee Sklar et Greg Phillinganes sont des musiciens de classe mondiale et des amis très chers, Simon est terrible et je le considère vraiment comme un frère et un ami même s'il a décidé de partir pour poursuivre sa carrière en solo. Ce n'était pas le Toto des premières années et je traversais une période très sombre de ma vie. Et puis aussi le chanteur ne pouvait plus chanter. J'étais en mauvais état et j'ai quitté le groupe pour me retrouver et me refaire une santé. J'aime toujours autant Lee, Greg et Simon. Les choses changent, les gens passent. De la même façon qu'un divorce peut changer votre vie et parfois vous permettre de vous réconcilier et finalement d'être heureux. C'est ce qui s'est passé quand Steve Porcaro et Joseph Williams sont revenus avec David et moi Et aussi avec le retour de David Hungate à la basse et de Lenny Castro aux percussions. Mike Porcaro souffrant de la maladie de Charcot (Mike Pocaro est décédé trois jours après cette interview) et Jeff Porcaro n'étant plus parmi nous, le groupe est aussi près de sa formation d'origine qu'il peut l'être en 2015.

Toto XIV est présenté comme la suite de Toto IV. Pourquoi avez-vous donner une suite de Toto IV ?

C'est Steve Porcaro qui a dit ça. C'est le premier album sur lequel il chante depuis Toto IV et sur ce morceau, nous le rejoignons tous avec Hungate. Sinon on peut dire qu'il y a une magie qu'on ne retrouvait peut-être plus sur les disques enregistrés après la mort de Jeff Porcaro.

On s'est éclaté en faisant Toto XIV. On s'est disputés parfois comme le font des frères mais en ce qui concerne la musique et tout ce qui tourne autour, on finit toujours par rire et s'embrasser. Personne n'est parti se coucher fou de rage (rire). Parfois les tensions rendent la musique meilleure. C'est ce qui s'est produit avec l'enregistrement de ce disque constitué à 95 % de super moments.

« Chinatown » possède un son très années 80. S'agit-il d'une vieille chanson ?

Oui. Cette chanson a été écrite en 1977. Un bijou que nous avons retrouvé. J'ai demandé à Paich de la finir. C'est du pur Toto et nous avons pensé qu'il serait marrant d'avoir ce clin d’œil à notre ancien son. Il s'agit de la seule vieille chanson que nous avons utilisée.

Toto XIV a un son très pop comparé aux albums précédents. N'est pas frustrant pour vous en temps que guitariste ?

Pop ? Qu'est-ce que ça signifie ? Je ne pense pas que nous sonnions comme des pop stars de 2015. Pop signifie populaire, c'est tout. Il n'y a pas de sur-utilisation d'instruments à cordes ou de caisse claire grandiloquente. Certes nous ne sommes pas un groupe de métal. Ces productions qui se ressemblent toutes sont tellement clichées. J'en ai marre de tout ça. Nous utilisons des progressions de cordes et des harmonies qu'aucun autre groupe de rock n'utilise. Nous avons une sensibilité pop mais on peut difficilement nous qualifier de groupe pop. Vous devriez nous voir en live. Nous aimons le R&B, le funk progressif, la musique classique, le jazz, les musiques du monde, et oui, la pop. Et aussi le hard rock et les classic rock. Tout cela se retrouve dans notre musique. Vous passez tout au mixeur et vous obtenez Toto.

Vous jouez de la guitare sur environ 50 % des CD de ma collection. Quel souvenir gardez-vous de toutes ces sessions ?

(rire). Désolé. Oh man, vous parlez de beaucoup de disques là !

Ça fait vingt-cinq ans que j'ai arrêté les sessions mais c'était de super moments. Je suppose que Thriller est la plus fameuse de toutes. Mais regardez notre discographie. De toute l'histoire, vous ne retrouverez ça dans la discographie d'aucun autre groupe. Et pourtant, pour beaucoup de journalistes musicaux, nous ne sommes que le groupe qui a fait « Africa ». Les gens devraient réviser (rire). Un jour j'écrirai un livre. Je l'ai commencé d'ailleurs mais pour l'instant j'ai mis tout ça en stand by et j'ai bien fait parce que maintenant il y a une bien meilleure fin à tout ça.

Quel est votre meilleur souvenir avec Toto ?

Il s'agit de ma vie entière. Comment pouvez-vous résumer votre vie entière en un paragraphe ? Comme je l'ai dit, un jour, il y aura un livre, dans dix ans peut-être. Je tiens un carnet dans lequel sont notés les événements qui se sont produits, jour après jour, dans la vie du groupe depuis 1977. Cela pourrait faire une histoire marrante sans tous les clichés sexe, drogue et toute cette merde. Juste la musique, ce sera beaucoup plus sympa. Toto est une famille, peut-être une famille dysfonctionnelle (rire) mais néanmoins un groupe de frères. Je les aime tous et dans quelques années nous fêterons notre quarantième anniversaire. Un exploit extraordinaire.

Depuis plusieurs décennies, Toto est plus populaire en Europe et en Asie qu'aux États-Unis. Pensez-vous qu'avec les récentes tournées et le nouvel album, les choses sont en train de changer ?

Oui c'est en train de prendre maintenant. Après toutes ces années les États-Unis rattrapent leur retard. Le DVD live en Pologne s'est classé numéro Un là-bas et dans le monde entier. Ou en tout cas au moins dans le top 3. Et ces dernières années, nos tournées américaines ont étaient super. Cette année il y aura une grande surprise. Il y a de nouveau un intérêt pour notre groupe et nous avons un nouveau disque dont nous sommes très fiers alors le futur s'annonce radieux !

Le retour de Joseph Williams est un vrai plus pour Toto. Comment expliquer l'instabilité des chanteurs de Toto par le passé ?

Nous avons de nouveau une vraie voix forte. Joe est beaucoup mieux maintenant qu'il ne l'était dans les années 80. Je ne veux pas revenir sur le passé, man. Je pense que les choses sont évidentes s'y vous prenez le temps d'y regarder de plus près. Fergie était un type bien. Il est mort d'un cancer l'année dernière. Il n'était pas très résistant et c'était trop de pression pour lui. Byron était une blague. La mauvaise idée de notre maison de disque, trouvée par un dirigeant qui voulait couler le groupe. Je ne parlerais pas des autres. Je préfère rester positif et m'intéresser au présent.

Vous vous apprêtez à tourner en Europe et en France. Pouvez-vous m'en dire plus sur ces concerts à venir ?

Nous allons tourner dans le monde entier durant les deux prochaines années. Nous devons jouer les grands hits. Il y aura aussi cinq nouvelles chansons et nous allons nous replonger dans nos albums et jouer des trucs que nous n'avons encore jamais joué en concert depuis nos trente et quelques années de carrière. Grosses surprises en vue !

Marc Brickman se charge de l'éclairage. C'est lui qui a réalisé les éclairages pour la tournée The Wall de Roger Waters, pour Springsteen... On va proposer un jeu de lumière très novateur. On a l'impression que tout le monde à le même éclairage de nos jours. Des Vari-lights qui vous flashent dans la figure. On devrait se diriger vers quelque chose de différent. Vous allez voir.


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Boris Plantier