La Jeune peinture française: des peintres à redécouvrir

Lundi 3 Juillet 2017

Davantage connu pour sa carrière politique, Michel Charzat est un amateur d'art éclairé. Il a eu la gentillesse de m'accorder un entretien pour évoquer sa passion pour la Jeune peinture française, mouvement artistique triomphant de l'entre-deux-guerres, entré au purgatoire après la Libération. Michel Charzat a signé sur ce sujet un très beau livre, richement illustré, intitulé « La Jeune peinture française, 1910-1940, une époque, un art de vivre » aux éditions Hazan.


Comment définir la Jeune peinture française ?

Au lendemain de la Première Guerre, la Jeune peinture française représente un « juste milieu » qui arrive après le fauvisme et le cubisme. Son propos est de tendre vers l’excellence picturale et l’intelligence de la réalité. Elle triomphe à Paris pendant près de vingt ans. Ses principaux représentants sont : Dufresne, Gromaire, Segonzac, La Patellière, le jeune Fautrier.

Racontez-moi votre découverte de cette école ?

Dans les années 1980, j’avais été impressionné par la puissance plastique de ces œuvres. J’ai voulu en savoir plus sur cette peinture oubliée.

Quel impact a eu la guerre de 14-18 sur ces peintres ?

Ces artistes ont combattu pendant la Première Guerre. Ils on vécu l’horreur absolue. Maintenant ils vont célébrer l’amour de la vie pour oublier leurs épreuves. Ils sont alors en harmonie avec les attentes de la société française.

Ces peintres ont connu un immense succès. Comment expliquer que la plupart d'entre eux soit désormais oubliée ?
L’histoire de l’art après 1945 conçoit la peinture comme une suite ininterrompue d’innovations irréversibles. Inclassable, la Jeune peinture française est alors évacuée du récit de l’art moderne.

Que reproche la critique à ces peintres ?

Après la Libération les critiques n’ont d’yeux que pour l’abstraction et le picassisme. Elle négligera de larges pans de la création artistique de l’entre-deux-guerres placés sous l’intitulé « retour à l’ordre ». Une expression fâcheusement connotée qui confond le rappel au classicisme avec les régimes autoritaires de la période.

Comment est né ce livre ?

D’un étonnement ! La palette de Dufresne vaut bien celle de Dufy ou de Chagall, la plastique de Gromaire, celle de Léger ou de Braque. J’ai souhaité soulever la chape de plomb qui recouvrait cette peinture.

Que peuvent faire l'Etat et les administrations territoriales pour sortir ces peintres de l'oubli ?

Partout, excepté en France, les courants de la figuration moderne des années 1920-1930 ont bénéficié d’une réévaluation : peinture métaphysique de De Chirico en Italie, peinture « sociale » d’Hopper aux États-Unis, Nouvelle objectivité en Allemagne… Il faut faire sortir les œuvres de la Jeune peinture française des réserves des musées et les montrer. Ce que commence à faire une nouvelle génération de conservateurs et d’administrateurs.

Vous vous apprêtez à publier un livre entièrement consacré à Roger de La Fresnaye. Qu'est-ce qui vous a séduit chez ce peintre ?

Roger de La Fresnaye (1885-1925) a fait partie du groupe de la Jeune peinture française. Il a été, avant 1914, un cubiste de premier ordre. Puis, miné par la tuberculose contractée dans les tranchées, il change complètement de peinture qui reflète désormais ses souffrances physiques et morales. On peut déchiffrer dans son œuvre l’énigme de sa vie. J’ai voulu mener cette enquête.

La Jeune peinture française: des peintres à redécouvrir

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Boris Plantier