John Oates : « J'étais là avec Ray Charles devant moi et Bob Dylan derrière moi »

Samedi 16 Mai 2015

Interview. Quand il ne donne pas des concerts avec Hall & Oates, John Oates en profite pour développer sa carrière solo. Cela l'a conduit à enregistrer Good Road to Follow, un disque remarqué par la critique, qui réunit différentes influences musicales. Il s'est confié à Yuzu Melodies.


© Greg Vorobiov
© Greg Vorobiov
Vous avez grandi à Philadelphie, une ville célèbre pour sa scène R&B. Quels souvenirs en gardez-vous ?

J'ai grandi dans une petite ville de Pennsylvanie, à côté de Philadelphie, qui s'appelle North Wales. Je me suis installé à Philadelphie après le lycée et c'est là-bas que j'ai enregistré mon premier single à l'âge de 17 ans au Virtue Sound studio. Je flânais dans la ville et je commençais à jouer avec des groupes de soul et de blues mais aussi dans des galeries d'art et de clubs folk. Les années 60 étaient une époque étonnante à Philadelphie parce que vous aviez les artistes qui proposaient un R&B classique que l'on pouvait voir dans les salles de concert du centre-ville mais aussi ces artistes qui jouaient du blues ou du folk traditionnels et que l'on commençait à redécouvrir. Ces artistes se produisaient dans des cafés et au Festival de folk de Philadelphie.

Dans les années 70, vous avez quitté Philadelphie pour Los Angeles. Était-ce une ville aussi excitante qu'on le dit ?

En 1972, Daryl et moi avons quitté Philadelphie pour New York City où nous avons enregistré trois albums pour le label Atlantic avec le grand Arif Mardin à la production puis Todd Rundgren. Ensuite, en 1975, nous sommes allés à Los Angeles pour enregistrer trois albums pour RCA Records et, même si nous avons passé un certain temps à L.A., nous n'avons jamais vraiment vécu là-bas Nous étions constamment en tournée.

Et maintenant vous êtes à Nashville qui semble être la ville où il faut être pour un musicien. Peut-on la comparer au L.A. des années 60 et 70 ?

On appelle Nasville « Music City » parce qu'on y joue tout un tas de musique et pas seulement de la country. On y trouve de super groupes de rock & roll, des groupes de rock indépendant, de R&B, de blues... et aussi les musiciens et les auteurs compositeurs les plus impressionnants de la planète. Il y a une quantité d'artistes venus du monde entier qui s'installent à Nashville si bien que la ville est en train de devenir beaucoup plus cosmopolite qu'avant mais elle conserve encore les racines de la musique traditionnelle américaine.

Good Road to Follow est un projet peu ordinaire. Vous le considérez comme un album ou une compilation ?

Cela a commencé comme une série de singles au format numérique que j'ai enregistré en collaboration avec plusieurs excellents auteurs, producteurs et musiciens. En mars 2013, j'ai commencé à les sortir et, début 2014, j'ai réuni tous ces morceaux sur trois EP. J'ai choisi ce format pour que le projet ait plus de sens parce qu'il y avait beaucoup de styles différents sur Good Road to Follow. C'est dû au fait que j'ai beaucoup d'influences différentes.

Justement, venons en à vos influences. Hall & Oates est un groupe très orienté soul mais il y a beaucoup d'autres styles musicaux sur Good Road to Follow.

Pour ce disque, je suis remonté à mes plus anciennes influences tels que les pionniers du rock et du R&B mais aussi le folk et le blues traditionnels que je jouais et que j'écoutais dans ma jeunesse, avant de rencontrer Daryl Hall. Maintenant je reviens à ces premières influences pour enrichir la musique que je fais actuellement et je fais aussi appel à mes différentes sensibilités pop.

Comment les avez-vous choisis les compositeurs et musiciens avec lesquels vous avez collaboré sur Good Road to Follow ?

La plupart sont des amis et des gens avec lesquels j'avais déjà travaillé en studio. Je connais certains d'entre eux depuis longtemps alors que d'autres sont des connaissances plus récentes. Je les ai tout simplement choisis d'instinct en sachant que je m'entourais de personnes de talent. Je n'avais aucune idée pré-conçue, j'ai juste laissé le processus d'écriture dicter la direction à suivre pour la production et l'enregistrement.

Je ne sais pas si vous avez un jour joué en France. A-t-on une chance de vous y voir avec ou sans Dary Hall ?

D'après mes souvenirs, Hall & Oates s'est produit deux fois en France mais c'était dans les années 70 et 80. J'aimerais bien évidemment beaucoup donner des concerts solo en France et je n'hésiterais pas à le faire si quelqu'un me fait une offre.

Les chansons de Hall & Oates ont souvent été reprises. Quelle est votre reprise préférée ?

J'aime beaucoup des artistes hip-hop qui nous ont samplés au fil des années. Par exemple la première version de « Say no Go » de De La Soul. J'aime aussi l'album de The Bird and the Bee sur lequel ils reprennent nos chansons.

Et votre album préféré de Hall & Oates ?

Abandonned Luncheonette.

Vous avez participé à « We Are the World ». Quels souvenirs gardez-vous de l'enregistrement ?

Il y avait la plus incroyable collection d'artistes pop de l'époque, tous réunis dans une pièce pour chanter ensemble. On ne fera peut-être jamais mieux. J'étais là avec Ray Charles devant moi et Bob Dylan derrière moi. C'est quelque chose que je n'oublierai jamais.


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Boris Plantier