Venice : « On se demande parfois si on n’aurait pas dû naître 15 ans plus tôt »

Samedi 15 Mars 2014

Interview. Vous aimez les Eagles ? Vous aimez Crosby, Stills, Nash & Young ? Vous adorerez Venice. Venice sera sur la scène du Divan du Monde le 5 avril 2014. L’occasion de parler de la musique west-coast, de Roger Waters ou encore de David Crosby avec Michael Lennon, membre fondateur du groupe.


Venice semble s’inscrire dans la lignée de ces grands musiciens venus de Laurel Canyon dans les années 60. Quelles sont vos influences musicales ?

Le groupe a de nombreuses influences. Chacun des quatre Lennon a sa propre collection de disques mais nous avons des bases communes.

Pat et Kipp tendent plus vers la folk, ils viennent d’un univers acoustique, alors que Mark et moi apportons un peu de nos influences soul et R&B. En plus de nos influences folk et soul, j’étais un grand fan d’un certain nombre de musiciens dont j’ai étudié la musique : Jeff Beck, Dave Mason, The Doobie Brothers et The Allman Brothers. Ces derniers musiciens ont apporté à Venice leur jeu de guitare orienté rock. Et j’admire aussi Lindsey Buckingham, Stephen Stills et d’autres artistes qui ont un jeu de guitare acoustique « fingerstyle » ou « finger picking ».

Je pense que nous nous intéressons tous aux musiciens de Laurel Canyon et que nous les apprécions tous. On se demande parfois si on n’aurait pas dû naître 15 ans plus tôt (rire).

Comment était la vie d’un musicien à L.A dans les années 70 ? Était-ce aussi excitant qu’on le dit ?

Et bien, nous n’avons vraiment commencé à donner des concerts et à avoir un vrai groupe qu’à la fin des années 70. Vers 1977. Et il a fallu attendre les années 1980 pour que les 4 Lennon forment Venice et commencent à infuser dans leur musique leurs harmonies vocales à quatre voix.

Cela dit, nous fréquentions beaucoup Sunset Boulevard et nous jouions dans toutes ces salles légendaires que sont le Roxy, le Troubadour, le Whiskey ou le Gazzarris. C’était drôle parce qu’au début, mon frère Mark n’avait que 14 ans alors il n’avait pas le droit d’entrer dans ces clubs tant que nous n’étions pas sur scène. C’est incroyable quand on y pense que nous jouions les 3 soirées du weekend jusqu’à 2 heures du matin, et parfois même des soirs après l’école. Quand j’y pense, je me dis que nos parents étaient vraiment très cools avec tout ça.

L.A. à la fin des années 60 était une ville très artistique parfois comparé au Vienne ou au Paris du début du XXe siècle. Considérez-vous que L.A. était au cœur d’un mouvement artistique ?

Absolument. La diversité culturelle et l’environnement social et communautaire qui y régnaient a permis à des artistes de tout type d’expérimenter leurs travaux ensemble et de partager leurs idées. Il ne semblait pas y avoir beaucoup de compétition à l’époque. Les gens se rencontraient, planaient et s’exprimaient à travers leur art. La plupart des artistes qui se retrouvent dans un tel environnement réussiront. Je ne dis pas que chaque artiste qui prend de la drogue réussira mais que chaque artiste qui parvient à se placer dans cet environnement créatif y parviendra. Je pense que les drogues et tous ces moments d’expérimentations ont eu une grande influence sur la musique et l’art et ont permis à certaines personnes de s’ouvrir, socialement et artistiquement, plus que si elles étaient demeurées sobres.

Néanmoins, avec les drogues sont arrivés les ennuis et les gens sont allés trop loin. Hendrix, Joplin… et puis les drogues et cette atmosphère de fête a aussi amené des gens qui n’étaient là que pour se droguer, tuer le temps et parfois créer des problèmes. On les appelait les « hanger-on’ers ».

Vous avez commencé à enregistrer dans les années 80, à l’époque où les synthés et les boites à rythmes étaient omniprésents. Cet anachronisme a-t-il eu un effet négatif ou positif sur votre carrière ?

Oui il semble que l’on se soit retrouvé coincé entre les synthés/boites à rythmes d’un côté et le hard rock des groupes chevelus de l’autre. Nous, on ressemblait plus à un groupe tout droit sorti des années 70 plutôt qu’à un de ces groupes des années 80 ou 90. C’était dur de passer à la radio parce que notre style convenait mieux aux stations qui diffusaient des classiques du rock mais toutes ces stations ne passaient que les grands hits d’artistes déjà établis. Elles ne jouaient pas de nouveautés. Mais nous n’avons aucun regret quant à ce que nous étions à l’époque. Nous regrettons juste qu’au moment de la sortie de notre premier album, la diffusion de notre musique ait été difficile.

Cela a un peu affecté notre carrière de deux manières différentes. C’est d’abord la raison pour laquelle nous ne sommes pas devenus de grandes stars aux États-Unis mais cela nous a aussi permis de créer un lien avec un public qui recherchait quelques chose de différent de tout ce qu’on pouvait entendre alors. Et ce public nous est resté fidèle. Il est encore avec nous aujourd’hui. Il nous soutient et nous permet de vivre de notre musique. Cela n’a pas toujours était facile mais nous n’avons aucune raison de nous plaindre.

Vous avez récemment tourné avec Roger Waters. Pourtant la musique de Roger Waters semble assez éloignée de celle de Venice. Comment cela s’est-il produit ?

Et bien, si vous écoutez l’album The Wall, vous remarquerez que, sur de nombreuses chansons, il y a des harmonies vocales à la façon des Beach Boys. C’était quelque chose que Roger Waters voulait avoir sur cet album.

Les chanteurs qui ont assuré les chœurs sur cet album étaient des musiciens de sessions de L.A. Il y avait aussi Bruce Johnston (Beach Boys) et même Toni Tennille (Captain & Tennille). Quand Roger a décidé de refaire une tournée The Wall, il a contacté Jon Joyce, l’un de ces chanteurs de session basé à L.A. qui avaient participé à l’enregistrement de l’album, et lui a demandé s’il pensait pouvoir monter une nouveau groupe de chanteurs pour la tournée. Sachant que la plupart des chanteurs de l’époque avaient pris leur retraite ou ne vivaient plus à L.A., Jon, qui est un grand fan de Venice, a dit à Roger : « J’ai les gars qu’il te faut ! ».

Donc on était en tournée en Hollande et nous avons reçu un email de Jon qui nous demandait si nous pouvions envoyer quelques enregistrements de nos harmonies vocales à Roger Waters parce qu’il y avait une chance qu’il veuille que nous fassions la tournée The Wall avec lui. Par chance, on avait un enregistrement live acoustique de nous chantant un medley des Beach Boys. On a donc commencé par lui envoyer ça puis, de retour de tournée, il nous a demandé d’aller en studio pour enregistrer certaines chansons de l’album The Wall. Nous nous sommes donc retrouvés dans un studio à Hollywood, à chanter les vocaux sur l’album original tout en entendant les voix de Roger Waters et David Gilmour… C’était surréaliste ! A la fin des auditions et des enregistrements, Roger a pris l’avion pour L.A. et est venu chez moi pour nous rencontrer et nous avons chanté « Goodbye Blue Skies » pour lui, dans mon salon. Il était très gentil et il nous a même montré des extraits inédits de la tournée originale The Wall. Roger aimait nos voix mais il avait le sentiment qu’il manquait une vraie voix de basse, la voix de Jon sur l’album. Finalement, Jon a pris ma place aux côté des 3 autres Lennon mais je n’ai pas de regrets. Les gars ont partagé l’argent gagné avec moi et pendant qu’ils tournaient j’ai pu travailler sur d’autres projets en tant que producteur, ingénieur du son et musiciens pour trois autres artistes, sur trois albums différents. Deux de ces trois artistes font parties de la famille. Tout est une affaire de famille avec nous.

Vous avez aussi tourné avec David Crosby. Quels souvenirs en gardez-vous ? Et quel genre d’homme est David Crosby ?

Et bien, j’ai l’honneur de vous dire que nous sommes des amis de David. Il est venu nous voir dans les années 90, dans un petit club de Santa Monica, et il a tout de suite était fan. On a joué « Guenevere » ce soir-là mais à quatre voix et avec deux guitares.

On a fait plusieurs shows avec David, le plus souvent des concerts caritatifs pour lesquels nous l’accompagnions et chantions avec lui. Nous n’avons pas réellement tourné avec lui mais nous avons enregistré avec lui et il a toujours soutenu notre groupe.

Et pour répondre à votre question, « quel genre d’homme est David Crosby », c’est quelqu’un qui peut se montrer très réservé si vous l’approchez en public et qu’il ne sait pas qui vous êtes. Mais s’il fait votre connaissance et qu’il vous apprécie, il devient l’un des types les plus adorables que je connaisse. Par exemple, il a un modèle de guitare Martin fait en son honneur, le modèle David Crosby, et il n’existe que 250 de ces guitares. Pour vous dire à quel point nous sommes chanceux et à quel point il est généreux, il a donné à Graham Nash la guitare numérotée 1 sur 250, la guitare numéro 2 à son fils James Raymond, la numéro 3 à Pat Lennon et j’ai eu la 4e. C’est dingue !

Votre nouvel album What Summer Brings est un double album. Pour quelle raison avez-vous été si prolifiques ?

Cela faisait sept ans que nous n’avions pas sorti d’album studio et nous avions conservé beaucoup d’idées de chansons inachevées.

Le Wall Tour a débuté en 2010 et s’est poursuivi, avec quelques interruptions, jusqu’à l’été 2013. Cela fut difficile de se mettre dans le rythme pour écrire des chansons mais cela a aussi permis d’insuffler un nouveau souffle au groupe et nous a permis de nous rappeler la chance que nous avions d’avoir notre propre groupe et notre propre musique. Le Wall Tour était une opportunité à saisir et nous a offert une expérience incroyable mais ce n’était pas notre art, c’était celui d’autres personnes et nous ne faisions que singer ce que d’autres avaient créé. Les gars avaient vraiment envie de refaire des concerts de Venice en revenant à la maison.

Une fois qu’on a repris l’habitude d’écrire et qu’on a fini les chansons que nous avions commencées, de nouvelles idées ont germé et on a fini par avoir 20 chansons que nous considérions comme très bonnes.

Nous sommes très fiers de cet album et nous pensons qu’il s’agit de l’un de nos meilleurs.

Quels pays est le plus sensible à votre musique ?

Et bien, pour l’instant, la Hollande et les États-Unis sont les deux pays qui nous permettent de gagner notre vie mais nous savons que, dans chaque pays, il y a un certain nombre de personnes qui aiment la musique West Coast, les harmonies vocales… Nous avons juste besoin qu’on nous donne une chance de nous faire connaitre de ces gens-là.

Nous sommes très excités d’avoir une chance de rencontrer ce public à Paris, en France.

Votre prochaine tournée passera donc par Paris avec un concert au Divan du Monde le 5 avril 2014. Pouvez-vous m’en dire plus sur ce concert à venir ?

Ce concert a été rendu possible grâce à des Français qui nous avaient découvert suite à la tournée The Wall. Les trois membres de Venice qui ont fait la tournée ont donné une interview à une station de radio et ont joué, accompagnés par quelques musiciens de la tournée The Wall et je leur ai envoyé des enregistrements de quelques-uns de mes solos de guitares pour l’occasion. Cette exposition nous a permis d’attirer l’attention de quelques personnes que cela intéressait de faire venir Venice à Paris alors deux Français, fans de Venice, sont venus nous voir lors d’un de nos concerts aux Pays-Bas et ils ont trouvé ça renversant.

J’espère que ce sera le premier de nombreux voyages en France.

La setlist rassemblera ce que l’on considère comme les meilleures chansons de Venice, des chansons acoustiques avec des harmonies vocales à 4 voix aux chansons plus rock avec un groupe derrière nous. Et puis probablement des chansons surprises qui ne sont pas de nous mais que le public français connaîtra bien, j’en suis certain. Nous devons garder le secret là-dessus. Il vous faudra attendre le concert pour en savoir plus (rires).


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Boris Plantier