Valerie Holiday (The Three Degrees) : « Enregistrer avec Gamble & Huff était magique »

Lundi 8 Avril 2013

Interview. Alors que le groupe The Three Degrees s'apprête à donner des concerts en Europe et au Japon cet été, Yuzu Melodies s'est entretenu avec sa chanteuse Valerie Holiday. Elle évoque sa carrière, le fameux son de Philadelphie, et les producteurs Giorgio Moroder et Gamble & Huff.


Valerie Holiday (The Three Degrees) : « Enregistrer avec Gamble & Huff était magique »
Comme beaucoup de chanteuses de R&B, vous avez commencé à chanter à l’église. Est-ce la meilleure école pour apprendre à chanter ?

J’ai tellement de souvenirs de mon enfance à Atlanta et à Boston. Mes souvenirs les plus chers sont ces jours où j’allais à l’église et où j’entendais ces chansons qui m’ont tant influencée. Les chansons n’étaient pas accompagnées par des instruments comme elles le sont dans les églises, de nos jours. On gardait le rythme en tapant dans ses mains et en frappant du pied. C’était très émouvant et vous pouviez bien entendre les paroles. Chaque chanson était une prière pour nous donner de la force ou pour rendre grâce.

Plus âgée, j’ai déménagé à Boston où j’ai fait partie de différentes chorales au sein de mon église. Cela m’a aidé à acquérir des connaissances. Et puis on m’a donné l’opportunité de chanter en leader sur certaines chansons et d’exprimer mes sentiments à travers les paroles, de les chanter telles que je les ressentais.

Grâce à cela, lorsque j’ai commencé ma carrière de chanteuse, j’avais déjà mon propre style sans être trop influencée par mes chanteuses préférées : Nancy Wilson, Barbra Streisand et Aretha Franklin. Je ne dirais pas que l’église est la seule école mais cela m’a donné des bases, m’a apporté la paix et offert une culture religieuse.

Philadelphie semblait être l’endroit idéal pour mener une carrière R&B au début des années 70. Comment était-ce ?

Vous avez raison, tant de groupes ont percé à Philly. Avec Richard Barrett, notre manager de l’époque, nous avons beaucoup voyagé et traversé différents États pour promouvoir notre groupe. Nous n’avons donc pas passé beaucoup de temps à Philly après que j’ai rejoint le groupe.

Nous répétions beaucoup et travaillions notre présence de scène, nos chorégraphies et nos harmonies. Cela occupait beaucoup de notre temps. Nous avons passé pas mal de temps à Las Vegas et tourné à travers les États-Unis chantant dans des salles telles que le Copa ou l’Americana.

Vous avez travaillé avec le tandem de compositeurs et producteurs Gamble & Huff, les créateurs du son de Philadelphie. Comment travaillaient-ils ?

Enregistrer avec Gamble & Huff était magique. Leon Huff jouait les chansons et Kenny Gamble les chantaient. De cette manière, ils nous faisaient sentir les chansons pour que nous comprenions bien comment ils voulaient que nous les chantions. Ensuite nous nous exercions pour apprendre les paroles puis nous allions en studio pour unir nos voix sur leurs arrangements musicaux. Les cessions d’enregistrements étaient toujours bonnes car nous avions l’opportunité, en tant qu’artistes, de développer notre propre son. Et Gamble & Huff, en tant que producteurs, étaient toujours contents du résultat!

C’était un plaisir de travailler avec eux, nous avions hâte de voir ce qu’ils allaient nous donner à chanter la fois suivante. Nous avons été très déçues lorsque nous avons arrêté de travailler avec eux mais ce choix ne relevait pas de notre responsabilité à cette époque.

Les musiciens avec qui vous enregistriez ont formé le groupe MSFB. Comment était l’ambiance avec eux en studio ?

Travailler avec des musiciens tout aussi anxieux que vous d’obtenir le résultat souhaité et de produire un son parfait était un plaisir. Parfois, nous enregistrions les vocaux et la musique en même temps et pour certaines chansons, ils gardaient les vocaux car le mix était parfait. L’ambiance de ces cessions était toujours très professionnelle et amicale.

Philadelphia International Records était une usine à hits avec beaucoup d’artistes célèbres sous contrat. Le label était-il construit sur le modèle de Tamla Motown ?

Il ne s’agissait pas d’une copie de la Motown. Si vous prêtez attention à l’orchestration, vous remarquerez qu’elle est différente. Un son plus luxuriant. Il y avait un groove différent, plus doux. Quant au label, il nous traitait comme des artistes mais aussi comme des employées et là, les choses ne se passaient pas toujours sans heurts.

Le son de Philadelphie est toujours très populaire de nos jours même parmi les jeunes générations. Vous rendiez-vous compte à quel point il était révolutionnaire et merveilleux à l’époque ?

A mon avis, cette musique a résisté à l’épreuve du temps parce que les artistes qui l’ont créé y ont mis tout leur cœur et leur âme. C’est pour cette raison que les chansons sont toujours très populaires de nos jours et si souvent samplées par les jeunes générations.

Nous ne nous doutions pas alors que, plus tard, nous allions entendre nos chansons interprétées par d’autres artistes. Nous apprécions juste ce que nous faisions et donnions tout ce que nous pouvions émotionnellement et vocalement !

Une part du succès des Three Degrees venait des chorégraphies et de la beauté de ses chanteuses, leurs toilettes, leurs coiffures. Étiez-vous à l’origine de ces choix artistiques ?

Durant les premières années, notre manager Richard Barrett décidait de ce que nous portions. Nous allions toutes en ville faire les magasins avec lui. C’est lui qui est à l’origine de notre époque pantaminis. Ils étaient fabriqués pour nous par une entreprise de Philadelphie qui s’appelait James & Co. Ils confectionnaient surtout des costumes pour la fameuse « Mummers Parade ». Nous pouvions toujours avoir les robes que nous aimions. Et nous avons aussi porté des vêtements faits par Bill Whitten quand nous sommes allés à Los Angeles pour participer à un épisode de la série télé Sanford & Son. Nous nous sommes beaucoup amusées. C’était étrange et difficile de jouer dans Sanford & Son mais c’était drôle.

Par la suite, dans les années 70, juste après le départ de Fayette, une nouvelle chanteuse a rejoint le groupe et nous avons alors décidé d’avoir recours à une nouvelle styliste. Barbara Bell nous a donné un look fabuleux avec ses créations que nous adorions. Les choses étaient devenues plus simples à cette époque et c’était toujours à nous que revenait la décision finale. En ce qui concerne nos coiffures, chacune de nous faisait son choix. Lorsque je les regarde maintenant, certaines me laissent pensives (rires).

Pour les chorégraphies et les vocaux, tout venait de nous. Richard Barrett nous écoutait et nous regardait puis il nous disait si cela lui convenait, qu’il s’agisse des harmonies vocales lors des cessions d’enregistrement ou des passages destinés à la scène. Quand tout faire nous-mêmes s’avérait difficile, nous recevions l’aide de chorégraphes pour certaines chansons comme « McArthur’s Park », « Beatles Medley » ou encore le « Philly Medley ». Nous gardions les chansons aux chorégraphies les moins problématiques pour nos spectacles (rires).

Tant que nous avons eu un manager, il nous disait quelles chansons nous devions interpréter durant nos concerts. Quand Richard est parti en 1980, nous avons dû faire le choix nous-mêmes et c’est toujours comme cela que ça se passe aujourd’hui. C’est dur désormais car la musique a changé surtout en ce qui concerne les paroles, mais nous avons suffisamment de chansons dans notre catalogue et puis nous glissons aussi dans notre setlist des chansons d’artistes que nous apprécions et que nous nous sentons capables de chanter. Des chansons dont les paroles ne semblent pas bizarres quand nous les chantons. L’une de celles que nous chantons souvent en début de spectacle est « Shake your Groove Thing ». Et ces derniers temps, nous chantons aussi « Boogie Wonderland ». Nous avons pensé à la remplacer par une autre chanson mais la réaction du public est telle à chaque fois que nous la chantons que nous avons décidé de la garder. Nous lui avons donné notre propre style et nous faisons chanter et danser le public là-dessus. Alors on peut dire que toutes ces années durant lesquelles Richard Barrett nous disait quoi chanter ont été très instructives pour nous.


Plus tard dans les années 70, vous avez travaillez avec Giorgio Moroder, le célèbre producteur de Donna Summer. Comment l’avez-vous rencontré ?

Nous avons rencontré Giorgio Moroder quand nous avons signé avec Ariola Records. Avec lui aussi, nous nous entendions bien. Il nous a offert l’opportunité d’écrire nos propres chansons.

Comment se passaient les cessions d’enregistrement avec Giorgio Moroder ?

C’était bien de travailler avec Giorgio. C’était différent du travail avec Gamble & Huff car nous recevions les chansons sous forme de démos enregistrées sur des cassettes. C’était à nous de choisir celles que nous voulions chanter. Les chansons venaient d’autres auteurs compositeurs et elles étaient différentes car c’était durant l’époque du disco. Mais nous avons continué à donner le meilleur de nous-mêmes et nous avons obtenu quelques hits avec des chansons au rythme enlevé mais aussi avec des ballades.

« Giving Up, Giving In » est une chanson surprenante de votre époque Moroder. Les vocaux sont plus agressifs et vous la chanter habillées en amazones dans des pantalons très moulants. C’est un style très différent. Etes-vous responsables de ce changement ?

Quel que soit ce que nous chantons, nous donnons toujours le meilleur de nous-mêmes. Que vous aimiez la chanson ou pas, vous ne pouvez pas savoir ce que va faire le producteur alors vous devez donner le meilleur de vous-même sur chacune des chansons. Les costumes ont juste étaient portés pour l’occasion. Les temps avaient changé et nous savions que nous ne devions pas nous laisser dépasser alors nous sommes entré dans l’ère du disco avec plus d’enthousiasme que jamais, sans aller au-delà de ce que notre public était prêt à accepter. Et bien sûr nous avons conservé notre style. C’était le plus important.

Cet été, vous allez donner des concerts au Japon et en Europe (au Royaume-Uni, aux Pays-Bas et en Belgique). Y a-t-il une chance de vous voir dans d’autres pays européens ?

Nous espérons donner des concerts dans d’autres pays européens. Nous ne sommes jamais certaines de là où nous chanterons tant que cela n’est pas inscrit sur notre planning alors peut-être visiterons-nous d’autres pays d‘Europe. Mais comme notre planning est déjà bien rempli d’ici à la fin de l’année, il est probable que cela ne puisse pas se faire avant l’année prochaine. Nous sommes toujours prêtes à revenir chanter quelque part ou à chanter dans des endroits que nous ne connaissons pas encore !



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Boris Plantier