This Must Be the Place

Mercredi 31 Août 2011

Être Président du Jury au Festival de Cannes est pratique lorsque l’on est acteur. Si l’on a droit à cet honneur suprême, c’est que l’on est un comédien qui compte, et voici que ce qui est censé être la palette représentative des meilleurs cinéastes du moment est suspendue à votre avis, votre goût. Sean Penn était ainsi Président du Jury il y a quelques années, et y a récompensé le cinéaste italien Paolo Sorrentino pour son film Il Divo. Et lui aurait au passage soufflé son intérêt si jamais le réalisateur avait un rôle à lui proposer à l’avenir. Trois ans plus tard, Sorrentino et Penn montaient ensemble les marches du Palais des Festivals pour présenter This Must be the Place.


This Must Be the Place
Le film s’ouvre à Dublin. Une gloire de la pop des années 70, qui a abandonné sa carrière des années plus tôt pour vivre dans un château en Irlande, loin du strass, s’y ennuie. Physiquement, Cheyenne (c’est son nom) est resté coincé dans le passé avec sa dégaine rappelant Robert Smith. Lorsqu’il apprend son père mourant, Cheyenne prend l’avion pour la première fois en 30 ans pour retrouver les États-Unis. Là-bas, il découvre que son père a passé sa vie à traquer le nazi qui l’a humilié à Auschwitz, en vain. Le fils qui ne connaissait qu’approximativement son père part alors sur les routes, afin de terminer cette quête laissée inachevée.

Aussi improbable soit-il, ce road-movie nous gratifie de quelques beaux moments de cinéma. Étrangement c’est toute la force et toute la limite de This must be the place. Paolo Sorrentino joue en fait d’entrée de jeu la carte du film léché, ultra esthétique et parsemé de plans cherchant la beauté sur pellicule. Forcément, l’éblouissement prend parfois. Mais à tant vouloir impressionner, le film peut parfois agacer. Cet agacement se présente en fait assez vite, essentiellement dans la première partie du film en Irlande. En enchaînant les travellings mélancoliques et les morceaux musicaux flattant l’oreille, Sorrentino semble se rêver en Gus Van Sant quand le trop plein musical commence à le poser en Cameron Crowe de son époque trop gourmande (vous savez, lorsqu’avec Rencontres à Elizabethtown, il ne savait plus s’exprimer que par chansons, les unes après les autres, dans la cacophonie la plus insupportable…).

A dire vrai, le premier quart d’heure de This must be the place ressemble à cause de cela plus à une bande-annonce qu’à une entame de long-métrage. La tronche triste et ennuyée de Sean Penn, son maquillage, sa moumoute géante et son look gothique, plaqués dans le décor dublinois avec un fond sonore continuel plutôt que des dialogues, pèsent lourds. Et puis finalement, en arrivant aux États-Unis, en sortant le personnage de sa torpeur sans pour autant le rendre énergique, en privilégiant une bande-originale composée par David Byrne (ex-leader des Talking Heads et auteur de la chanson qui a donné son titre au film), qui fait au passage une apparition fascinante dans son propre rôle, plutôt que les standards, le film prend forme. C’est aussi grâce à cette quête du passé, de cet héritage paternel qui va pousser Cheyenne à grandir, lui qui est resté un grand enfant malgré les épreuves. Finalement, il y a quelque chose derrière la musique et la stylisation à outrance, quelque chose qui n’efface pas les complications d’un scénario dans lequel les relations entre les personnages ne sont pas toujours évidentes à comprendre. Il y a un personnage intriguant étonnamment porté par Sean Penn, un personnage improbable qui fait pourtant le sel du film, et l’empêche de s’enrayer malgré les défauts.


This Must Be the Place - Italie (2010) de Paolo Sorrentino, avec Sean Penn, David Byrne, Frances McDormand, Harry Dean Stanton, Judd Hirsch.


Cet article vous a été offert par L'impossible Blog Ciné

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David Tredler