The Monochrome Set : « Je sais que nous avons influencé beaucoup de gens »

Mercredi 16 Octobre 2013

Interview. Groupe pop indépendant britannique formé à la fin des années 70, The Monochrome Set fait son retour avec un nouvel album intitulé Super Plastic City et une tournée qui passera par la France, à la MJC/Espace Hélios à Lambres-Lez-Douai, le 30 novembre 2013. L’occasion de discuter avec Bid, son chanteur.


The Monochrome Set : « Je sais que nous avons influencé beaucoup de gens »
Pourquoi avoir reformé The Monochrome Set ?

On nous a demandé de reformer le groupe en 2010 pour une courte tournée au Japon. Il s’agissait juste de jouer les vieux morceaux. Scarlet’s Well (la troupe musicale d’écolières, de loups garous et de gobelins de Bid et leur superbe série d’albums sur le mythique village portuaire de Mousseran) étaient encore d’actualité et le groupe avait une tournée de planifiée. Puis j’ai eu mon anévrisme, et, quand j’ai été certain d’y avoir survécu, et de ne pas être un mort-vivant, j’ai décidé de mettre un terme à Scarlet’s Well et de poursuivre avec the Monochrome Set. Je ne pouvais continuer avec deux groupes et je sentais que le moment était venu d’arrêter Scarlet’s Well.

Vous arrive-t-il de vous dire « Je ne suis plus la personne que j’étais quand j’ai écrit « Jet Set Junta », je ne peux plus jouer cela » ?

En concert, l’état d’esprit est complètement différent. Sur scène, je ne suis pas vraiment un artiste, je suis plutôt un artisan qui prend plaisir à jouer de la musique. Ce n’est pas que les chansons n’aient pas de sens ou que mes actions soient mécaniques, c’est juste que je n’y pense pas et que je me contente de prendre du plaisir à être au cœur de la musique que je suis en train de jouer. Il y a bien quelques chansons que je chante tout en prenant conscience de ce que je chante. « Hip Kitten » par exemple. Ce n’est pas une chanson facile à chanter.

Je n’ai pas l’impression que vous êtes quelqu’un de particulièrement nostalgique en ce qui concerne The Monochrome Set ou dans votre travail en général. Est-ce difficile de gérer cet élément, notamment en ce qui concerne le public qui assiste à vous concerts ?

Non. Comme je l’ai dit, en concert les choses fonctionnent d’une manière complètement différente. On aime jouer nos vieilles chansons et nous savons bien ce que veulent les gens qui ont payé pour nous voir. D’un autre côté, notre public veut souvent entendre de nouvelles choses. Il faut donc nous renouveler sur scène. Nous savons cela et nous essayons de trouver un équilibre durant le temps dont nous disposons pour nous préparer.

Êtes-vous un meilleur guitariste et un meilleur interprète maintenant qu’à vous débuts ?


Je ne pense pas être un meilleur guitariste rythmique maintenant que lorsque j’étais jeune. Ou en tout cas, pas beaucoup plus. Je suis parvenu à atteindre un haut niveau assez rapidement, je pense. J’ai commencé à utiliser le pouce quand j’ai essayé de jouer la partition du « Red House » de Jimi Hendrix (même s’il ne s’agit pas d’une composition de Jimi Hendrix, bien sûr) et j’ai remarqué qu’il était impossible de jouer correctement un accord de neuvième de dominante avec fondamentale sans cela. Vous ne pouvez pas jouer « Eine Symphone des Grauns » sans le pouce et un capodastre et plein de chansons de The Monochrome Set nécessitent l’emploi du pouce.

Et comment jugez-vous le groupe, en tout cas dans son line-up actuel, par rapport à ce qu’il était lors des précédentes tournées ?

Le line-up est différent maintenant, par rapport au moment où nous nous sommes reformés. Nous sommes un quartet. Comparé aux années 80 et 90, il y a de grandes différences. Hors de Londres, nous n’utilisons pas la même équipe et nous ne sommes que très rarement sur la route. Par exemple, lors de notre dernière tournée en Allemagne, nous avons tout fait en train (Eurostar). C’était super (et moins cher que si nous avions pris la route). L’alliance train/avion et chambres individuelles, nous permet d’éviter le stress que nous connaissions avant.

Quelles chansons de Monochrome Set ne jouez-vous pas sur scène et pourquoi ?

Nous choisissons les chansons qui ont bien marché sur scène. Ce n’est pas le cas de la plupart des chansons. A un moment donné, il ne reste plus que 30 à 35 chansons susceptibles de bien fonctionner sur scène. Il nous arrive parfois d’essayer des chansons que nous n’avions jamais jouées avant ou alors il y a longtemps, notamment s’il y a des changements au sein du groupe (puisque la qualité d’ensemble du son et la capacité du groupe changent). Nous n’évitons délibérément aucun album ! Mais certaines chansons des années 90 nécessitent peut-être l’utilisation de deux guitares ou d’une guitare et d’un clavier. Alors nous pourrions essayer de les réarranger mais nous n’avons pas beaucoup de temps pour répéter, et nous avons tout le temps de nouveaux morceaux qui arrivent.

Nous sommes conscients que le choix des chansons à jouer sur scène est problématique et nous en débattons souvent entre nous.

Est-ce devenu plus simple, plus difficile ou simplement inutile d’être un groupe de rock et de faire des tournées à notre époque ?

Pour nous, c’est plus simple, mais vous devez avoir atteint un certain niveau de reconnaissance. Pour les nouveaux groupes, c’est presque impossible. Je pense qu’un très grand nombre de jeunes artistes très talentueux sont apparus avant de disparaître aussitôt ces vingt dernières années. Et cela sans que nous ayons eu le temps de les découvrir. Et je ne parle que de notre pays.

Ma femme a une théorie selon laquelle, quand les membres d’un groupe commencent à prendre du plaisir à se retrouver entre eux, ils enregistrent un mauvais album. Qu’en pensez-vous ?

C’est effectivement presque toujours le cas. Très juste. Peu de gens pensent à ça. C’est compliqué. Selon moi, si les membres d’un groupe passent trop de temps ensemble pour autre chose que leur musique, cela n’est pas propice à la longévité du groupe. Mais quand un groupe est ensemble, en répétition, en studio ou en tournée, les membres ont besoin de vraiment bien s’entendre entre eux.

Les chambres individuelles sont à privilégier dans le showbiz. Les frictions peuvent parfois être positives durant le processus de création des chansons, mais pour certains artistes, pas pour tous. Cela peut leur permettre de penser et créer de manière latérale, ce qui peut avoir du bon. Mais trop de frictions est mauvais. On pourrait imaginer créer des frictions et de l’adversité artificiellement, mais cela demanderait de la discipline.

Vous arrive-t-il de regarder votre œuvre et de vous dire que vous avez créé quelque chose qui restera et qui tient peut-être un rôle important dans la pop music ? Et j’englobe aussi ce que vous avez fait avec Scarlet’s Well.

Ce n’est pas la raison pour laquelle je fais cela…

Mais The Monochrome Set a été une source d’inspiration pour les productions du label El et pour le mouvement Shibuya-kei au Japon. Il a aussi eu une énorme influence sur plein d’autres artistes qui ont ensuite créé leur propre univers. Comme vous l’avez dit, ce n’est pas pour cela que vous faites cela, mais ne tirez-vous pas une certaine satisfaction à constater l’influence de votre travail ?

J’ai dit cela parce que ce sujet me met mal à l’aise. Je sais que nous avons influencé beaucoup de gens, mais une partie de cela est due à ce que nous sommes, au fait que nous ignorons les autres.

Je me souviens que vous aviez dit à Iain McNay (dirigeant du label Cherry Red) que The Monochrome Set avait eu plus de succès que les gens le pensaient. J’en conclus que vous n’avez pas de regrets concernant le groupe ?

Je pense que personne ne peut avoir de regret au sujet de quoi que ce soit. Quel que soit ce que vous avez fait, à l’époque où vous l’avez fait, vous avez pensé qu’il s’agissait de la bonne chose à faire. Même si c’était sacrément stupide.


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Vincent Merkhajeb