Sugar Man

Mardi 22 Janvier 2013

“Sugar man, won’t you hurry, cause I’m tired of these scenes…”… Les notes résonnent dès les premières minutes sur une route d’Afrique du Sud. Le connaît-on, cet air ? Il est si entraînant et séduisant qu’il semble bien vite familier… peut-être l’est-il. « Sugar Man », c’est un documentaire de Malik Bendjelloul, une histoire si extraordinaire qu’elle semble inventée de toutes pièces.


Sugar Man
Cette histoire, c’est celle de Sixto Rodriguez, et elle commence à Detroit à la fin des années 60. Rodriguez vit modestement dans un quartier populaire de Detroit, chante de temps à autres dans un bar où il se fait repérer par un producteur. Sa voix fait se tendre l’oreille, sa guitare est douce, ses textes forts. Le producteur pense tenir là le nouveau Bob Dylan… mais aucun des deux albums que Rodriguez enregistrera au début des années 70 ne se vendra. Personne ne s’y intéresse, les ventes restent au point mort, et aussi vite que l’espoir est né, il retombe. Rodriguez disparaît de la carte musicale américaine aussi discrètement qu’il y était entré.

L’histoire de Rodriguez ne s’arrête pourtant pas là. Si ces premières lignes ont suffi à vous faire envie, ne lisez pas plus loin et foncez découvrir le film. S’il vous en faut plus, restez pour quelques lignes supplémentaires. Car quelques années plus tard, un des disques de Rodriguez est arrivé en Afrique du Sud. A l’époque, l’Apartheid règne encore, et les chansons engagées de Rodriguez trouvent un écho auprès de la population afrikaner anti-Apartheid. Ses chansons deviennent des hymnes, et l’homme une légende, ses albums s’écoulant par centaines de milliers d’exemplaires.

J’ai l’impression d’en avoir déjà trop dit, même si le documentaire de Bendjelloul, primé à Sundance et nommé aux Oscars, recèle d’autres virages. Surtout, il ne faudrait pas prendre « Sugar Man », qui tient son titre de l’une des chansons de Rodriguez, pour un simple documentaire informatif sur la vie d’un artiste méconnu. Certes il s’agit d’un portrait d’homme, aussi mystérieux que l’est l’homme lui-même, mais c’est aussi, surtout, un film qui avance à pas feutrés de Detroit à l’Afrique du Sud, des rêves au désenchantement, du possible à l’incroyable. C’est un film magique qui redonne vie à un fantôme qui n’en était pas un, un film qui parle de la musique comme berceau du rêve et comme prise de conscience, un film qui replace l’humain au cœur de la musique et de la notoriété à l’heure où n’importe qui, d’un simple clic, peut devenir une star de la chanson sans savoir ni chanter, ni donner un sens à la musique, pour soi ou pour les autres. C’est un film sur un homme qui se réveille un jour et apprend que dans un univers parallèle, dans un monde qui aurait finalement pu être le sien, sa passion musicale qui s’est heurté à un mur dans son monde a trouvé des milliers de portes ouvertes dans un autre. C’est un film sur les rêves qui ne meurent jamais.

« Sugar Man » est tant de films, et pourtant c’est un film simple, fort, touchant. Dont on sort en se demandant si l’histoire que l’on vient de nous conter est bien réelle. Elle vit désormais si fort en nous, elle l’est, forcément.


Searching for Sugar Man - Suède (2012), de Malik Bendjelloul.


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David Tredler