Samy Thiébault Quartet reprend les Doors

Vendredi 23 Octobre 2015

Interview. Le Samy Thiébault Quartert vient de sortir l'album A Feast of Friends sur lequel il reprend des morceaux des Doors. Le saxophoniste Samy Thiébault nous présente ce disque.


Racontez-moi votre découverte des Doors ?

J'ai découvert les Doors à l'âge de 14 ans lors de la sortie en salle du film d'Oliver Stone sur la vie du groupe et ça a été une véritable révélation, tant au niveau de la musique que de l'implication qu'avait le groupe dans toutes les questions qui me passionnent. D'abord artistiquement à savoir la transe, le rythme, et puis la spiritualité que j'ai retrouvé après dans la musique de John Coltrane.

Comment vous est venue l'idée de faire ce disque ?

L'idée de faire ce disque m'est venue en même temps que la nécessité qui s'est imposée à moi de faire un disque en quartet. J'avais donc besoin d'un répertoire très intime. J'ai longtemps hésité à faire cet album parce que beaucoup de musiciens de jazz, à l'heure actuelle, vont dans le répertoire du rock avec de bonnes et parfois de mauvaises raisons. Je ne voulais pas céder à un effet de mode. Je voulais que ce soit vraiment un mouvement nécessaire dans ma musique d'autant plus que j'ai une très mauvaise culture rock d'une manière générale. Des années 70, je connais assez peu de choses. Les Doors, Hendrix, un peu Pink Floyd, ce genre de choses.

Et finalement, en écoutant une interview de John Densmore, le batteur des Doors, qui racontait sa passion pour la musique de Coltrane ainsi que la préoccupation de Morrison pour la musique de Coltrane et tout ce que drainait la spiritualité d'un certain jazz, hard bop, post hard bop ou en tout cas centré sur l'Afrique, le rythme, la transe et une certaine forme de religiosité, j'ai voulu aller examiner de plus près leur répertoire. J'ai commencé par relever quelques morceaux par curiosité et là, tout s'est déployé devant moi un peu comme par magie, les arrangements venaient tout seuls.

La musique des Doors s'adapte-t-elle facilement au format jazz ?

Oui, la muique des Doors s'adapte extrêmement facilement au jazz puisqu'ils s'en étaient nourris. Ray Manzareck a énormément travaillé la musique de McCoy Tyner, Morrison écoutait Coltrane, John Densmore écoutait Elvin Jones. Il y a une vraie parenté. Il y a même des morceaux live où ils reprennent carrément des morceaux de Coltrane donc il était très très facile de les amener vers le jazz. Et comme le jazz a beaucoup évolué depuis une quarantaine d'année et que je continue de travailler ce qui ferait la spécificité de ma musique, c'était très facile de s'approprier ces morceaux et ce répertoire.

Comment jouer les Doors sans la voix de Morrison ?

C'est une très bonne question. D'abord j'ai ré-introduit sa voix d'une manière détournée à travers les textes qu'il écrivait. Ce sont les textes de Morrison qui me passionnent, plus que que sa voix. Il s'est toujours défini comme un mauvais chanteur en plus. Il disait qu'il n'était pas un vrai chanteur. Il se définissait plus comme un poète. Donc j'ai réintroduit les textes de Morrison par la biais de Nathan Wilcox, qui est un grand acteur anglo-français, qui a complètement réadapté et réinterprété les textes des chansons de Morrison et que j'ai distillé tout au long du disque. Donc la portée poétique de Morrison reste là quand même. Et puis la voix de bluesman très rocailleuse de Morrison, il fallait simplement que tout le groupe l'intègre et comme on a beaucoup écouté du blues et du jazz très lyrique, c'était un peu dans nos gènes de reproduire ses inflexions et l'esprit de cette voix.

Sur ce disque on trouve des classiques mais aussi des morceaux plus obscurs. Comment avez-vous choisi les morceaux ?

Je tenais effectivement à reprendre quelques classiques. Pas trop. "Light My Fire", pour être tout à fait sincère, je l'ai repris un peu par obligation parce que c'est l'un de leurs morceaux les plus connus. Mais c'est aussi l'un de leurs morceaux les moins assumés donc j'en ai fait une version que j'ai vraiment tirée du coté de ce qui moi, m'inspire et de ce qui a aussi inspiré "Light My Fire" au départ qui est la tourne de "My Favorite Things". Robby Krieger dit très clairement que la longue plage de solo de "Light My Fire", c'est vraiment les accords de la version de Coltrane de "My Favorite Things".

"Raiders on the Storm", c'est une autre histoire. Je l'ai un peu tordue. J'avais déjà fait une reprise de "Riders on the Storm" sur mon précédent album et là, j'en ai refait une autre avec un arrangement plus africain, plus dansant.

Les autres morceaux, je les ai choisis tout simplement en fonction de mes goûts. J'ai choisi ceux qui me parlaient le plus depuis que j'écoute les Doors et, en général, c'est dans ces morceaux-là que le groupe trouvait tout sa puissance. Et le plus souvent, ce sont les morceaux que j'ai trouvé les plus lyriques et les plus en rapport avec des idées rythmiques que je pouvais développer.

Comme c'est un groupe de rock qui a beaucoup écouté de jazz, c'était très facile de donner une nouvelle vie à ces morceaux et une nouvelle modernité.


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Boris Plantier