Richard Page : « Ringo Starr est un Beatles ! Et un mec génial »

Mercredi 7 Décembre 2011

Interview. Chanteur, compositeur et multi-instrumentiste, Richard Page se fit connaître avec les groupes Pages puis Mr. Mister dans les années 80. Depuis, il mène une carrière discrète en solo ou avec le Ringo Starr All-Star Band. Il a accepté de commenter sa carrière avec nous.


Richard Page : « Ringo Starr est un Beatles ! Et un mec génial »
Richard Page n’est pas devenu musicien par hasard. Ses parents étaient eux-mêmes musiciens. « Mes parents m’ont enseigné la musique ». Une passion que Richard Page a bien sûr tenté de transmettre à ses propres enfants « J’ai proposé à mes enfants de les aider dans leur apprentissage de la musique mais je n’ai jamais insisté pour qu’ils apprennent ». Et lorsqu’on lui demande si la musique sacrée que jouait ses parents l’a influencé, il confirme « Je suis sûr que tout ce que vous avez connu dans votre vie a une influence sur ce que vous faites » avant d’évoquer ses premier coups de cœur musicaux : les Beatles, les Beach Boys, Hendrix, Cream, Crosby, Stills & Nash, Stevie Wonder et bien sûr Steely Dan dont on sent l’influence sur Pages, le duo qui permit à Richard Page de se faire connaître. Le partenaire de Richard Page se nomme Steve George. Les deux hommes se sont rencontrés avant d’arriver à Los Angeles. « Je me souviens que Steve était vraiment meilleur que tous les autres gars qui jouaient de la musique autour de nous ».

Les deux hommes arrivent à Los Angeles dans les années 70. Richard Page évoque sa vie là-bas à cette époque : « C’est très confus mais c’était très excitant et d’un point de vue musical, vivre là-bas nous inspirait ». Pas de quoi pourtant faire du Los Angeles de l’époque un cœur artistique comme Paris ou Vienne le furent des années plus tôt. « Je crois que c’est-ce que pense les gens qui ne vivaient pas là à cette époque. Cela a été glorifié peut-être plus que cela ne le méritait ». Et lorsqu’on évoque les drogues, inévitablement associées à la musique californienne des années 70-80, et qu’on lui demande s’il était possible d’être clean à cette époque, Richard Page évite un peu la question. « C’est un choix personnel qu’il revient à chacun de faire ». Mais la drogue rend-elle plus créatif ? « Je ne sais pas vraiment si la drogue apporte ou non l’inspiration. Encore une fois, c’est vraiment quelque chose de très personnel ».

Comme tous les musiciens présents à Los Angeles dans les années 70, Richard Page a fait ses débuts en participant à des cessions d’enregistrements pour d’autres artistes. « Cela pouvait être amusant mais parfois c’était juste un boulot. » se souvient-il. Richard Page a également joué live dans divers club. Dans l’un d’eux, il a même joué de la country music. « J’ai joué dans un petit bar country à Burbank. C’était une expérience vraiment déprimante ». La country music n’est pas vraiment la tasse de thé de ce musicien qui ne s’est donc pas tourné vers Nashville comme beaucoup de ses pairs lorsque la pop west-coast est passée de mode. « Je n’ai jamais eu l’idée d’aller vivre à Nashville » reconnaît-il. Richard Page est sans doute plus proche du jazz, une musique dont on trouve des traces dans la pop ensoleillée de Pages. « Oui, j’aime le jazz, confirme-t-il, même si je ne le joue pas très bien ». L’expérience Pages ne dura que le temps de trois albums et le groupe ne se reforma plus jamais. « Cela ne m’est jamais venu à l’idée de reformer Pages » confit-il. Quel dommage !

Après Pages, Richard Page forme Mr. Mister, toujours avec Steve George. Il ne s’agit pourtant pas d’une évolution de Pages mais bien d’une expérience différente précise-t-il. Le premier album du groupe est un échec et pendant un temps, Richard Page sera très sévère avec ce disque. Il semble désormais plus mitigé. « Il y a des choses que j’aime dans cet album et d’autres avec lesquelles je ne suis pas très content ». Richard Page persista avec Mr. Mister malgré des propositions intéressantes (on lui proposa de devenir le chanteur de Toto et de Chicago). « J’ai été flatté qu’ils veuillent de moi dans leurs groupes mais je ne voulais pas renoncer à ce que je faisais à ce moment là ». Un choix judicieux puisque le succès du deuxième album de Mr. Mister fut énorme grâce aux hits « Broken Wings » et « Kyrie ». Au sujet de « Broken Wings », Richard Page nous confirme qu’il a composé cette chanson en une vingtaine de minutes sans effort et qu’il en fut de même pour « I’ll Remember » que Madonna interpréta. Et lorsqu’on lui demande si ce genre d’expérience lui arrive souvent, il confirme « Oui absolument. Et il en sera toujours ainsi ». De quoi dégoûter les compositeurs besogneux qui souffrent pour composer…

Le troisième album de Mr. Mister eut beaucoup moins de succès au point que Pull, le quatrième album du groupe, ne fut pas sorti par la maison de disque du groupe. « C’est un fait que RCA/BMG n’a pas apprécié cet album et a refusé de le promouvoir. Mais nous avons finalement obtenu l’autorisation de le sortir nous-même ». (Pull est sorti en 2010, vingt ans après son enregistrement !). Après une brève collaboration avec Pat Leonard au sein du groupe Third Matinee (« Pat est très talentueux et nous avons été très proches pendant un court moment »), Richard Page a sorti un album solo et œuvré comme compositeur pour d’autres, un métier que lui permet son talent de multi-instrumentiste. « Je ne sais pas pour les autres mais cela m’aide de savoir jouer de tous les instruments ». Et lorsqu’on l’interroge sur la domination actuelle du hip-hop et du R&B, il accepte cela avec philosophie « C’est ainsi. Chaque génération a son propre son qu’elle aime ».

Ces dernières années, on a pu voir Richard Page dans le Ringo Starr All Star Band. « Ringo est génial. Le groupe est génial et cela me donne l’occasion de chanter et jouer mes hits ainsi que ceux de Ringo et ceux des autres membres du groupe ». Ringo est-il un homme à part ? « Ringo est un Beatles !  Et un mec génial » confirme celui qui comme beaucoup de musiciens de sa génération a été considérablement influencé par la musique des Fab Four. Richard Page vient aussi de sortir Solo Acoustic, un coffret CD/DVD contenant un enregistrement live de ses plus grands succès. « J’ai juste choisi les chansons qu’à mon avis les gens voulaient entendre » explique-t-il. Sur ce disque, il donne une nouvelle jeunesse à des hits très marqués années 80 comme « Broken Wings » ou « Kyrie » en les jouant différemment. Était-ce difficile de leur donner ce nouvel aspect ? « Non, je les ai juste joué de la façon dont je les entendais », nous explique-t-il. On conclut l’entretien en lui confiant qu’on espère bien le voir seul sur scène à Paris. « Rien n’est impossible » nous répond-il.


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Boris Plantier