Ray

Mercredi 14 Octobre 2009

Ray ne devait pas être une œuvre consacré au défunt mais au bon vivant Ray Charles. Décédé pendant la production du film, « The Genius » n’aura pas eu le temps d’entendre l’œuvre de Taylor Hackford qui lui est dédiée. Un film mal proportionné, dominé par la musique de l’artiste et l’interprétation de Jamie Foxx, récompensé aux Oscars.


Ray
Ray Charles, génie de la soul, a vécu de telle façon que le grand écran ne pouvait l'ignorer. Enfance miséreuse dans le sud des États-Unis, perte de la vue, apprentissage du piano, débuts à Seattle, succès, femmes, drogue, rédemption. Et au milieu de tout cela, un sens du rythme et de la mélodie qui l'a fait entrer dans la légende.

Hollywood raffole du biopic, ce genre délicat qui consiste à condenser en deux ou trois heures la vie d'un homme, d'une femme, d'une personnalité. Plus la vie à dépeindre fût mouvementée, à la fois tragique et admirable, plus les producteurs sont intéressés. L'intérêt d'un film consacré à Ray Charles est évident, mais l'oeuvre accouchée par Taylor Hackford est bancale. Si le cinéaste a judicieusement écarté une narration linéaire, préférant alterner avec soin le parcours adulte de Ray et la période où sa vue l'a quitté, le film souffre d'un défaut majeur, sa conclusion.

Les 2h30 qui nous sont offertes sont de qualité, dans un style très hollywoodien qui a beaucoup plu sous le soleil de Californie, mettant en avant l'adversité rencontrée par Ray, son combat contre la drogue, son rapport aux femmes, et bien sûr sa musique. Les grands moments du film sont ceux où Hackford place l'oeuvre de Ray Charles au coeur de l'écran, où l'on sent jaillir la créativité de l'artiste. Les à-côtés, bien que fort louables, sont plus maladroits, comme cette obsession de Charles pour son jeune frère disparu. Mais l'essentiel est bien "Georgia on my mind", "Hit the road Jack", et tous ces tubes qui insufflent une âme autrement peu présente au film.

Pour réussir pleinement le projet, il aurait fallu que le scénario pousse plus loin la reconstitution de la vie du musicien plutôt que de s'arrêter net comme il le fait, à la fin des années 50, en faisant défiler un petit texte et quelques photos plus récentes. Ray semble coupé dans son élan en se concluant lorsque Ray Charles vainc enfin son addiction à la drogue. C'était donc cela le but du film ? Montrer le combat de l'artiste contre la drogue, et ne plus se soucier du reste une fois que cet aspect est résolu ?
Jamie Foxx n'aura donc pas pu prolonger son talent de mimétisme vers un âge plus mûr de Ray. Si l'interprétation du comédien est criante de vérité et absolument convaincante, on ne peut se résoudre à crier au génie, tant la performance est basée sur la ressemblance physique et la reproduction minutieuse des moindres gestes et paroles du modèle. Un Oscar est venu couronner l'imitation de Foxx, mais où est la part créative du jeu, où est la folie nous faisant plonger à corps perdu dans le personnage, lorsque le travail d'acteur n'est que pur mimétisme, aussi remarquable soit-il ?

A défaut d'être inoubliable, Ray nous aura au moins rappeler à quel point la musique de Ray Charles a marqué le XXème siècle, et à quel point elle est toujours aussi fascinante.


Ray - USA (2004) de Taylor Hackford, avec Jamie Foxx, Kerry Washington, Regina King, Clifton Powell, Bokeem Woodbine, Richard Schiff, Larenz Tate, Harry Lennix.


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David Tredler