Poco : "Après 45 ans, la fin approche"

Mardi 29 Octobre 2013

Interview. Rusty Young, chanteur et leader historique de Poco, nous parle de l’album All Fired Up sorti en 2013. Il revient sur les moments forts de Poco et nous annonce la fin prochaine de ce groupe incontournable du country rock californien.


Comme bon nombre de musiciens, vous êtes parti vivre à Los Angeles dans les années 60. Pourquoi pas Nashville puisque vous jouiez de la pedal steel guitar ?

Il y avait à l’époque, et de nos jours encore, beaucoup d’excellents joueurs de pedal steel guitar à Nashville. Moi je venais d’être embauché par Buffalo Springfield pour jouer sur leur album Last Time Around alors j’ai quitté Denver pour Los Angeles.

Comment était la vie à Los Angeles à cette époque ?


C’était l’époque du Flower Power et la plupart des choses que vous avez entendues à ce sont vraies. Vivre à Los Angeles à cette époque était très excitant. Au départ, je vivais à Laurel Canyon, juste à côté de chez Captain Beefheart. Le Canyon était l’endroit où il fallait vivre à ce moment-là. On avait un peu l’impression que dans chaque petite cabane vivait une star du rock.

Il y avait beaucoup d’activité sur le Sunset Strip. Les filles portaient des pantalons pattes d’éléphant et elles avaient des fleurs dans les cheveux. Les mecs aussi portaient des pantalons pattes d’éléphant et des vestes en cuir avec des franges.

Poco est considéré comme l’un des groupes fondateurs du country rock mais en quoi cette musique était-elle nouvelle ? D’autres artistes comme Buddy Holly ou les Everly Brothers avaient déjà mélangé la country et le rock.

Vous avez raison. Ce n’était pas vraiment quelque chose de nouveau. Ce que nous avons fait, c’est prendre les chansons très rock’n’roll de Richie Furay pour les colorer avec des instruments country. Les gens ont appelé ça le country rock californien.

La musique de Poco était riche et éclectique. Est-ce que j’idéalise cette période en affirmant que la fin des années 60 était une période durant laquelle l’expérimentation l’emportait sur la standardisation dans l’industrie musicale ?

Nous avons fait des expériences mais les dirigeants des maisons de disques et de nombreuses stations de radio n’ont pas vraiment compris tout cela et ont parsemé notre chemin d’embuches.

Quel a été la réaction des puristes de la musique country quand ils ont entendu Poco et d’une manière plus générale les artistes de country rock californiens ?

Si vous pensez à Nashville et bien je peux vous dire qu’ils ne nous ont pas beaucoup soutenus. La country music était une toute petite industrie et les gens là-bas ne voulaient pas qu’elle leur échappe.

Dans vos interviews, vous avez toujours été très critique envers vos managers et les dirigeants des maisons de disques. Est-ce à cause d’eux que Poco a vécu des années difficiles d’un point de vue commercial ?

Nous avions un management pas du tout à la hauteur au début et nous étions aussi très naïfs pour tout ce qui concernait l’industrie du disque. Et puis nous avons vécu de moments difficiles avec les dirigeants de labels et ça n’a pas aidé. Mais, avec le recul, je pense que le problème principal venait du fait que Poco n’était pas un groupe qui faisait des chansons destinées à devenir des hits. Les chansons de Richie étaient parfaites pour les radios FM mais ce n’étaient pas le genre de chansons que les stations des grandes ondes voulaient.

Le premier succès de Poco est venu avec l’album legend en 1978. Comment expliquait un tel succès après dix ans de travail infructueux ?

Quand nous avons enregistré Legend, nous n’avons rien changé à nos habitudes. Il se trouve juste que nous avons eu notre premier hit. Et cette chanson, notre maison de disque a su que ce serait un hit dès qu’elle l’a entendu. Et les stations de radios étaient aussi de notre côté quand elles ont reçu le 45 tours de « Crazy Love ». Les DJ nous ont dit qu’ils étaient contents d’avoir une chanson de Poco qu’ils pouvaient enfin passer sur des stations qui ne programmaient que les hits du top 40.

Et bien sûr, il est assez ironique de noter que les premiers disques d’or, de platine et le premier n°1 de Poco sont arrivés après les départs de Jimmy Messina, Richie Furay et Timothy B. Schmit. D’autant que la chanson a été écrite et chanté par quelqu’un qui ne chantait pas et ne composait pas quand ils faisaient partie du groupe (« Crazy Love » a été écrite et chantée par Rusty Young).

A la fin des années 80, le groupe a retrouvé son lineup original pour enregistrer l’album Legacy. Il y a eu aussi des retrouvailles pour le concert du 40e anniversaire du groupe. Quels souvenirs conservez-vous de ces deux évènements ?

J’adore l’album Legacy. Je pense qu’il s’agit d’un disque historique. Sur cet album, vous retrouvez le son de Buffalo Springfield, de Poco, des Eagles et de Loggins & Messina, quatre des groupes américains qui ont connu le plus de succès et ont été les plus influents. Pourtant il s’agit d’une expérience douce-amère parce que toutes les tensions, qui avaient conduit certains membres à quitter le groupe quelques années plus tôt, étaient toujours présentes. Nous avons connu de bons moments et d’autres moins bons.

Le concert pour l’anniversaire du groupe au Stagecoach Festival était plus satisfaisant. Tout le monde s’est bien entendu et a pu apprécier ce moment. C’est bien dommage que les programmateurs du festival nous aient mis sur l’une des petites scènes. Une fois de plus, nous avons été traités comme un groupe de deuxième ordre.

Qui sont les nouveaux membres de Poco qui jouent sur l’album All Fired Up ?

Les nouveaux sont Jack Sundrud, Michael Webb et George Lawrence. Jack joue avec Poco depuis 1985 et il a même fait partie de la tournée pour l’album Legacy à la fin des années 80.

Michael Webb est un vrai nouveau. Il est avec nous depuis trois ans maintenant. Michael est l’un des musiciens de session et producteurs les plus recherchés de Nashville. On cherchait un claviériste pour Poco et quand on l’a appelé pour lui demandait s’il avait quelqu’un à nous recommander, il nous a dit qu’il adorerait jouer avec Poco. Michael est la force motrice de l’album All Fired Up.

A la batterie, George Lawrence était un choix évident après l’accident vasculaire dont a été victime George Grantham. George Lawrence avait déjà assuré l’intérim à plusieurs reprises pour remplacer George Grantham et il s’en était très bien tiré. C’est un super batteur.

Poco a subi différents changements de personnel tout au long de son histoire. Etait-ce un moyen de régénérer la musique du groupe ?

Le groupe s'est toujours enorgueilli d’avoir eu de super musiciens et d’avoir donné des concerts mémorables. Nous avons mis la barre très haut avec les musiciens incroyables qui sont passés par le groupe au cours des années. Mais, après 45 ans, la fin approche. Nous avons encore des concerts de programmés jusqu’à février 2014. Après ça, je pars pour travailler sur d’autres projets. J’ai un livre à finir, j’aimerais enregistrer quelques chansons en solo et puis j’ai quelques autres pistes à explorer. Ce fut une super aventure. Merci à tous les Poconuts*.

* Nom que se sont donnés les fans du groupe Poco


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Boris Plantier