Paul Kantner : « une bonne partie des chansons de Jefferson Airplane et de Jefferson Starship sont tout aussi pertinentes de nos jours qu’elles l’étaient dans les années 60 »

Mardi 2 Octobre 2012

Interview. Jefferson Starship sera en concert le 22 octobre 2012 au Bataclan (Paris) et le 23 octobre à La Cartonnerie (Reims). L'occasion de discuter avec Paul Kantner, guitariste fondateur de Jefferson Starship et de Jefferson Airplane, qui évoque ses sources d’inspiration, sa carrière et sa ville : San Francisco.


Paul Kantner : « une bonne partie des chansons de Jefferson Airplane et de Jefferson Starship sont tout aussi pertinentes de nos jours qu’elles l’étaient dans les années 60 »
Je sais que vous aimez la musique folk. Etait-ce votre source d’inspiration lorsque vous avez commencé à jouer de la musique et que vous avez composé les chansons du Jefferson Airplane ?

J’ai principalement tiré mon inspiration et ma motivation des Weavers, un groupe de musique folk des années 40-50 qui fut l’un des premiers groupes de Pete Seeger. De bien des façons, les Weavers m’ont appris à façonner un groupe. Ils combinaient de ravissantes harmonies à trois voix avec une musique folk d’une grande richesse. Il y avait aussi chez eux cette idée de responsabilité sociale qui a amené notre groupe à agir en faveur de toutes les personnes ou les causes qui en avaient besoin. Et puis il y avait aussi cet esprit de joie de vivre qui était mis en avant par les Weavers. J’apprécie toujours autant les Weavers. Ce fut pour moi… une initiation à la musique mémorable. Mes autres influences majeures comprennent également des personnages aussi différents que Fred Neil, Bob Gibson et Jack Traylor.

Comment était le San Francisco des années 60 ? Certains l’ont décrit comme un paradis terrestre, d’autres comme un endroit étrange peuplé de dingues où l’on faisait de mauvais « trips »…

Pour moi, San Francisco dans les années 60 était, au sens propre du terme, le paradis sur terre mais la ville était aussi peuplée de toute sorte de dingues, toute sorte de gens différents, tous installés dans une ville à l’extrême limite de la civilisation occidentale.

J’ai réussi ici et c’est toujours le cas aujourd’hui !!!

A l’époque, je venais de sortir de près de douze années de pensionnat catholique pour garçons et ce fut un extraordinaire plongeon dans un avenir alors incertain. Le meilleur moment fut probablement l’été qui précéda le « Summer of love ». Et ma description préférée de San Francisco est « 79 kilomètres carrés encerclés par la réalité ! ».

Lorsqu’on écoute la musique californienne des années 60, il est toujours surprenant de constater la différence entre la spontanéité et la liberté créative du son de San Francisco et le « perfectionnisme » du son de Los Angeles. Pourquoi ces deux sons sont-ils si différents ?

On retrouve une telle différence entre les villes de San Francisco et de Los Angeles elles-mêmes. Ce qui augmente dans l’une, diminue dans l’autre. L’une est petite et intime, l’autre est absolument gigantesque. Et les groupes de San Francisco étaient radicalement différents les uns des autres : Jefferson Airplane était différent du Grateful Dead qui était différent de Quicksilver Messenger Service qui était différent de Big Brother and the Holding Company, et plus tard de Santana ou de Creedence Clearwater Revival, et ainsi de suite. Et tous ces groupes étaient très différents de la plupart des groupes de L.A.

Jefferson Starship est un groupe dérivé du Jefferson Airplane mais il sonne très différemment, notamment dans les années 80. Qu’est-ce qui a changé ? Avez-vous changé votre façon de faire de la musique ?

Je n’appellerais pas Jefferson Starship un groupe dérivé du Jefferson Airplane mais plutôt une évolution. J’ai apporté au groupe mon amour pour les harmonies vocales à trois voix, mon penchant pour la science-fiction musicale et mes influences musicales irlandaises, écossaises, et appalachiennes. Cela a donné naissance à mes premières chansons pour Jefferson Starship mais aussi à des chansons sur lesquelles je travaille encore aujourd’hui. L’une d’elle s’intitule « Pooneil Goes to Mars » et une autre, à laquelle je n’ai pas encore donné de titre, raconte l’histoire de Marie-Madeleine s’installant seule en Terre Sainte après la mort de son « mari » Jésus. Et j’ai deux autres chansons encore en cours d’élaboration.

Il faut aussi se souvenir que Grace Slick avait amené sa force, unique et indomptable, sa voix et ses chansons au Jefferson Starship qui venait de se former. Nous continuons d’ailleurs à jouer certaines de ces chansons.

La paix, l’écologie, la pauvreté sont des thèmes récurrents dans votre musique depuis le début et, plus de 40 ans plus tard, ces thèmes sont toujours d’actualité. Est-ce la raison pour laquelle vous avez enregistré l’album de chansons protestataires Jefferson’s Tree of Liberty en 2008 ?

Je ne qualifierais pas vraiment Three of Liberty d’album de chansons protestataires. Il s’agit plutôt d’un retour aux chansons folk de nos débuts, des compositions des Weavers à celles de Woodie Guthrie et d’autres encore. Nous avons essentiellement utilisé des instruments acoustiques : des guitares à six et à douze cordes, un banjo, une autoharpe, un piano… Et je me suis senti obligé d’y ajouter une chanson de science-fiction sur le futur qui s’intitule « On the Treshold of Fire ».

La science-fiction a toujours été une source d’inspiration pour vos chansons. Est-ce parce qu’il s’agit d’un bon moyen d’évoquer les problèmes politiques qui affectent notre société ?

Non !!! D’une manière générale, j’essaye de rester à l’écart de la politique. C’est un univers encore pire que celui de l’industrie du disque. Je trouve que la science-fiction est plutôt un moyen de développer son imagination. Cela vous emmène dans des endroits que vous n’auriez même pas pu concevoir. C’était ce que j’appréciais quand j’étais en CE1 et qu’on me laissait seul à la bibliothèque. Tout en bas d'une étagère, j’ai découvert « Perelandra » et « le Silence de la Terre » de C.S. Lewis. Depuis, je n’ai jamais cessé de m’intéresser à la science-fiction. Dès ces premières années, je me suis pris de passion pour les merveilles de l’exploration, de l’aventure et des frontières !

Pensez-vous que la fin de l’industrie du disque telle qu’on la connaît est une bonne chose pour les musiciens et plus particulièrement pour ceux qui débutent ?

J’ai eu la chance immense de vivre à San Francisco et de faire carrière, d’une certaine façon, à l’écart de l’industrie du disque. Et cette industrie a changé pratiquement chaque année depuis que j’y ai fait mes débuts. Je suis né à San Francisco et j’ai toujours dit que si j’étais né ailleurs on aurait probablement fini par m’exécuter.

Vous jouez des chansons du Jefferson Airplane dans vos concerts. Jouer ces chansons maintenant, est-ce une expérience différente que les jouer à San Francisco dans les années 60 ?

Pour être franc, une bonne partie des chansons de Jefferson Airplane et de Jefferson Starship sont tout aussi pertinentes de nos jours qu’elles l’étaient dans les années 60. Je parle par exemple de chansons comme « Volunteers », « Crown of Creation » et « We Can Be Together ». Et de « Other Side of this Life » de Fred Niel qui demeure l’une de nos chansons les plus entraînantes et les plus créatives. En ce qui concerne nos chansons de science-fiction, j’évoquerais « Wooden Ships », « Have You Seen the Saucers » et « Blows Against the Empire » et aussi dans une certaine mesure « Ride the Tiger », « When the Earth Moves Again » et « Alexander the Medium ».

A la demande de Cathy Richardson, nous avons récemment réarrangé la chanson « Connection » issu, je crois, de l’album Nuclear Furniture. Et actuellement nous chantons « When the Earth Moves Again », « Sketches of China », « The Ballad of You and Me and Pooneil », « Other Side of this Life » et « All Fly Away ». Et aussi « Somebody to Love », « White Rabbit » et « Lather » qui, d’une certaine façon, sont bien plus fortes maintenant qu’elles ne l’étaient à l’époque.

Au fil des années, nous avons aussi beaucoup repris l’œuvre de Grace Slick : « Eskimo Blue Day », « Hyperdrive », « Greasy Heart », « Fast Buck Freddie » et « Lawman » ainsi que « Across the Board », « Silver Spoon », « Better Lying Down » et « Darkly Smiling ».

Cathy Richardson est la chanteuse actuelle de Jefferson Starship. Comment l’avez-vous découverte et était-ce difficile de trouver une successeuse à Grace Slick ?

J’ai eu la chance de travailler avec cinq chanteuses différentes, toutes aussi merveilleuses qu’irrésistibles. Il y eut d’abord une chanteuse qui s’appelait Sign Toly puis la fameuse Grace Slick. Des années plus tard, ma fille China m’a présenté Darby Gould et son groupe, World Entertainment War. Elle aussi nous a rejoint et a fait sensation avec nous. Lorsqu’elle est partie, Diana Mangano est venue se joindre à nous et, pendant une dizaine d’années environ, elle a été l’un des moteurs du groupe et l’interprète de nos chansons mais aussi de chansons d’autres artistes.

Un jour, j’ai donné un concert avec Big Brother and the Holding Company et Cathy Richardson chantait les chansons de Janis Joplin avec eux. Ce qui m’a vraiment captivé chez elle, c’était sa présence sur scène, ce dynamisme, et cette impression de force de la nature qui se dégageait d’elle et qu’elle mettait en avant. Elle est avec nous depuis cinq ans maintenant et je me réjouis toujours autant de jouer avec elle sur scène.

J’ajouterais à propos de Cathy Richardson qu'elle a une société qui s’appelle Shining Shakti et qui fait des pantalons de yoga très colorés et d’autres vêtements qu’il m’arrive parfois de porter sur scène.

Y a-t-il dans votre carrière une occasion manquée que vous regrettez particulièrement ?

Rien qui me vienne spontanément à l’esprit…


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Boris Plantier