Oh, Hippie Days ! : Carnets américains 1966-1969

Dimanche 19 Septembre 2010

Dans Oh, Hippie Days ! : Carnets américains 1966-1969, Alain Dister, alors photographe et journaliste débutant, fait au jour le jour le récit de ses voyages dans l'Amérique de la fin des années 60, l'Amérique des hippies que l'auteur a fréquenté jusqu'à devenir hippie lui-même. Il s'attarde essentiellement sur San Francisco et New York, les deux grands pôles culturels des Etats-Unis mais il a aussi fait la route, passant par Los Angeles, Chicago et divers lieux de l'Amérique profonde.


Oh, Hippie Days ! : Carnets américains 1966-1969
Le mouvement hippie est sans doute l'aventure la plus excitante du XXe siècle. Pour la première fois et la seule fois, des individus ont rejeté leur culture sans violence et se sont détournés du chemins tracé pour eux par leurs aînés pour imaginer une autre façon de vivre, très loin du matérialisme et du capitalisme sur lesquels leur pays s'est construit. Les hommes ont laissé pousser leurs cheveux et leur barbe, les femmes leurs poils, et tous se sont mis à porter des vêtements amples en peau. Ils ont instauré la liberté sexuelle, se sont tournés vers des croyances venus d'Inde, ont consommé sans modération tout type de stupéfiants et ont lancé un courant artistique : l'art psychédélique.

Alain Dister qui a vécu tout cela nous fait revivre cette époque comme si nous y étions. Nous voici projeté dans le temps grâce à ce journal superbement écrit, formidable témoignage fourmillant de détails mais aussi véritable récit d'apprentissage d'un jeune homme qui ne cache rien de ses expériences et des joies et déceptions qu'elles lui procurent. Les premiers voyages semblent paradisiaques, l'auteur nous communique son ivresse de vivre une aventure unique, d'être un pionnier, mais aussi le bien-être que peut procurer la vie en communauté et les aventures sexuelles nombreuses et faciles, et le plaisir que lui apporte la musique, omniprésente dans ce livre. Puis vient la déception. Alain Dister est le témoin de la fin de l'utopie hippie. Il voit les dégâts de drogues de plus en plus dures, se désole de l'échec de la vie en communauté et de la mauvaise évolution de Haight Asbury, le quartier hippie, devenu sale et dangereux, fait l'expérience des inconvénients de la liberté sexuelle (maladies vénériennes, jalousie, frustration), et déplore les délires ésotériques des gourous et de leurs adeptes. Tout tourne au désastre. Les hippies subissent la répression brutale de la police et de l'armée mais surtout ils s'autodétruisent. Le rêve hippie n'aura duré qu'un an, deux tout au plus, alors qu'en France, il ne se passe rien ou presque.

Alain Dister réjouira aussi les amateurs de musique en racontant ses rencontres avec des artistes pop tels que les Beach Boys ou Sonny & Cher, mais aussi avec des mythes du mouvement psychédélique comme Jimi Hendrix, Grateful Dead ou Janis Joplin, sans parler de l'inclassable Frank Zappa. Il témoigne aussi des concerts auxquels il a assisté (Cream, Pink Floyd, MC5, Jefferson Airplane…) et dévoile la bande-son de ses différents voyages avec des Beatles et des Rolling Stones omniprésents.

Ne passez surtout pas à côté de ce livre si vous voulez vraiment savoir ce que c'était que de vivre les années hippies à San Francisco ou à New York. Vous sortirez avec l'impression d'avoir vécu cette époque et vous découvrirez un auteur attachant qui a su profiter de ces années là tout en gardant une certaine lucidité sur ce qui se passait et sur la façon dont les choses évoluaient.


Oh, Hippy Days ! : Carnets américains 1966-1969, d'Alain Dister, Librairie Arthème Fayard, 2001.


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© Boris Plantier