OMD : « Nous ne tirons aucune inspiration d’une succession d’accords ennuyeux et désuets »

Jeudi 16 Mai 2013

Interview. Orchestral Manœuvres in the Dark (OMD) fait son retour avec un nouvel album intitulé English Electric. Le groupe britannique sera sur la scène parisienne du Trianon le 18 mai 2013. Son chanteur Andy McCluskey a eu la gentillesse de répondre aux questions de Yuzu Melodies.


OMD : « Nous ne tirons aucune inspiration d’une succession d’accords ennuyeux et désuets »
Quelles sont vos influences musicales ? L’influence de Krawtwerk semble évidente mais il y a aussi ces mélodies pop très accrocheuses…

Kraftwerk avait des mélodies très accrocheuses aussi. Peut-être y a-t-il eu un processus de distillation inconscient de la Glam pop britannique du début des années 70 que nous avons ingurgité quand nous avions 13 ans ?

Dans un grand nombre de vos chansons, il y a un contraste entre les paroles qui se réfèrent à une époque passée et la musique qui est très contemporaine voire même futuriste. Est-ce un contraste avec lequel vous aimez jouer ?

C’est devenu un mélange tout à fait naturel. Il est certain que nous avons toujours essayé de créer un son basé sur les nouvelles idées et possibilités qui nous semblaient intéressantes. Mais effectivement, il y a toujours eu une étrange mélancolie teintée de nostalgie dans notre musique et dans nos paroles. Je pense que la tension qui s’instaure parfois entre la musique et les paroles accroît souvent cette mélancolie.

Vous avez interprété vos chansons accompagnés par le Royal Liverpool Philarmonic Orchestra. Qu’avez-vous ressenti en entendant la musique que vous aviez créée, jouée par des instruments de musique classique ?

Jouer avec le Royal Liverpool Philarmonic Orchestra fut une expérience merveilleuse. Et cela même si nous étions très nerveux de nous retrouver devant ces 75 personnes qui ont passé des années à apprendre à jouer d’une si belle manière, alors que nous, nous n’avons jamais pris de leçon de notre vie et sommes incapables de lire des partitions. Les chansons ont été allongées de manière importante afin d’être interprétées par un grand orchestre et nous sommes grandement reconnaissant aux arrangeurs qui ont créé les nombreux passages additionnels. Nous espérons pouvoir rejouer avec cet orchestre.

Cette expérience est la preuve que la musique d’OMD fonctionne parfaitement sans instruments électroniques. Avez-vous déjà pensé à travailler de manière plus acoustique ?

C’est la preuve que nos chansons sont suffisament bonnes pour être adaptées dans n’importe quel style. Nous n’excluons jamais les instruments non synthétiques mais il est juste important de les utiliser de telle manière qu’ils permettent de créer une musique intéressante et non un cliché.

J’ai été particulièrement impressionné par « New Holy Ground » sur l’album History of Modern. Pouvez-vous m’en dire plus sur cette chanson et la signification des bruits de pas ?

La chanson commence par des bruits de pas. Nous sommes toujours à la recherche de nouvelles idées de « musique concrète » qui nous servent de sources d’inspiration. Les bruits de pas sont vraiment obsédants et évocateurs. La première chose qu’ils suggèrent, c’est le mouvement. Paul et moi avons créé un riff de violoncelle obsédant par dessus et les paroles progressent naturellement et vont vers cette sensation d’atmosphère sonore que nous avons créé.

English Electric sonne plus comme du OMD traditionnel que l’album History of Modern qui semblait moins homogène et plus complexe en termes d’instrumentation électronique. Avez-vous été déçu par le son de History of Modern ?

La musique sur History of Modern était très puissante mais nous avons admis que le résultat final était un peu disparate et éclectique… ce qui est compréhensible vu qu’il s’agissait d’une collection de chansons qui s’étalait sur plusieurs années. Avec English Electric, nous voulions revenir à un son beaucoup plus simple et donner cette impression d’un disque écrit dans un temps très court.

Vos albums sont souvent construits autour d’un thème. Quel est le thème d’English Electric ?

English Electric était le nom d’une entreprise qui fabriquait des locomotives, des avions à réaction et des ordinateurs. Ils inventaient le futur puis ils se sont arrêtés. De bien des façons, cela semblait être une bonne métaphore de nous-mêmes, de notre musique et de la vision que nous avions, après la deuxième guerre mondiale, d’une société utopique. Une vision qui ne s’est jamais vraiment concrétisée.

Comment avez-vous écrit les chansons d’English Electric ? Les avez-vous d’abord écrites de manière acoustique ?

Sérieusement ? Bien sûr que non ! Nous commençons toujours avec un concept puis nous l’associons à un son que nous créons ou que nous découvrons. Ce son va nous inspirer et nous permettre d’aller plus loin dans notre réflexion. De cette manière, nous créons notre propre musique, riche en idées. C’est ce qui nous donne l’énergie pour écrire. Nous ne tirons aucune inspiration d’une succession d’accords ennuyeux et désuets.

English Modern a ce son propre à OMD mais il n’est pas démodé. Quel est votre secret pour donner un son contemporain à votre musique sans perdre votre identité sonore ?

Nous avons beaucoup de chance d’avoir un son distinctif et nous ne voulons pas perdre cela. Le plus dur est de conserver le son d’OMD tout en cherchant de nouvelles idées et en utilisant les nouvelles techniques de production et d’enregistrement qu’il est nécessaire d’adopter si nous ne voulons pas devenir des sortes de pastiches sonores de ce que nous étions. Et puis aussi, nous avons reconnu que, durant les 30 dernières années, nous étions devenus un petit peu plus conventionnels dans notre façon de composer et nous étions donc déterminés à revenir aux manières moins traditionnelles de composer que nous avions adoptées lorsque nous étions adolescents. Peut-être est-ce la raison pour laquelle English Electric sonne tant comme du OMD… parce que nous avons abandonné les méthodes que les autres utilisent pour écrire des chansons.

Y a-t-il une chanson peu connue d’OMD dont vous êtes particulièrement fière. Une chanson sur laquelle vous voudriez attirer l’attention ?

Paul Humphreys et moi sommes unanimes sur notre composition préférée : « The Romance of the Telescope ».


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Boris Plantier