Night Moves : Pop Music in the Late ‘70s

Mercredi 20 Avril 2011

Après avoir évoqué la pop music dans la première moitié de 70s dans un livre précédent, Don et Jeff Breithaupt s’attaquent à la deuxième moitié de cette décennie mythique. Mais les auteurs, qui étaient adolescents à cette époque, sont loin de s’extasier. Guère nostalgiques et toujours sarcastiques, ils s’amusent à démythifier un grand nombre de chansons et d’artistes majeurs des 70s, et rappellent que cette période bénie fut aussi marquée par le triomphe du mauvais goût et de la mièvrerie. Ils montrent aussi de manière très convaincante comment l’argent et le marketing l’emportèrent sur l’art et les belles idéologies.


Night Moves : Pop Music in the Late ‘70s
Chaque chapitre, de trois ou quatre pages, traite d’un sous genre ou fait le portrait d’un artiste majeur. Ces derniers (Billy Joel, Fleetwood Mac, The Eagles, Bruce Spingsteen, David Bowie, James Taylor, Rickie Lee Jones, Bee Gees, Steely Dan, Earth, Wind & Fire, Bob Marley et Elvis Costello) sont généralement traités avec une certaine bienveillance même s’ils ne sont pas épargnés par les coups de griffes. Mais les chapitres les plus intéressants du livre sont ceux dans lesquels les auteurs s’acharnent sur un sous genre musical. Tout y passe. Le disco évidemment, jugé la plupart du temps dénué de toute émotion, mais aussi le funk, la pop pure, la pop bubblegum, la pop west-coast et sa chaîne sans fin qui s‘étire sur deux pages (« Jackson Browne produit Warren Zevon… dont la chanson « Poor, Poor Pitiful Me » est reprise par Linda Ronstadt… qui est accompagnée par les Eagles qui ont repris « Ol’55 de Tom Waits, qui a fréquenté Rickie Lee Jones… »), les entreprises rock (Boston, Foreigner, Toto, Styx, Journey…) avec leurs membres anonymes, leur logo, leurs disques sans âmes faits pour plaire au grand public. Les auteurs trouvent aussi des entreprises semblables en soul music (Commodores, Diana Ross, Roberta Flack…) et en jazz (George Benson, Weather Report, The Crusaders…).

Mais là où les auteurs sont les plus drôles, c’est lorsqu’ils s’attaquent à la variétoche lourdingue des artistes MOR (Middle-of-the-Road) ou Adult Contemporary (Bread, Barry Manilow, Leo Sayer, Captain & Tennille, Neil Diamond…), aux pleurnichards du soft-rock (les auteurs les imaginent, seuls à la maison, dans un état lamentables) ou aux nombrilistes auteurs/compositeurs/interprètes (James Taylor, Joni Mitchell, Randy Newman…). Sans pitié avec la musique américaine les auteurs sont plus mordants encore avec la musique britannique. Ils se gaussent de la médiocrité musicale des groupes punk et nient l’existence de la new-wave qui ne serait donc pas un genre musical mais simplement de la musique pop jouée par des individus au look et surtout à la coiffure particulière.

On est souvent un peu agacé par la causticité des auteurs qui se moquent de tout et qui caricaturent parfois à l’extrême pour amuser mais force est de constater que ça marche : c’est souvent drôle mais aussi convaincant. La caricature permet en grossissant les traits de mettre en évidence des choses qui pourraient passer inaperçues sans cela. Et oui, la fin des années 70 annonce les années 80, des années bling-bling durant lesquelles l’industrie musicale a (presque) définitivement pris le pouvoir sur les artistes.

Night Moves : Pop Music in the Late ‘70s, Don Breithaupt & Jeff Breithaupt, St. Martin’s Griffin, 2000.


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Boris Plantier