Nathan East : «L’expérience Daft Punk m’a vraiment amusé»

Samedi 3 Mai 2014

Interview. Nathan East, c’est le bassiste incontournable de l’industrie du disque aux Etats-Unis. Après avoir accompagné les plus grands en studio et sur scène durant plus de 30 ans, il sort enfin son premier album solo.


© Bob McClenahan
© Bob McClenahan
Quand êtes-vous arrivé à Los Angeles et comment était la vie là-bas à cette époque ?

Je suis arrivé à L.A. vers la fin de l’année 1979 et j’ai officiellement commencé ma carrière de musicien de session le 2 janvier 1980. Je m’en souviens comme si c’était hier parce que, bien qu’il s’agisse de la session d’enregistrement d’un jingle publicitaire pour le loueur de véhicule Hertz, tous les meilleurs musiciens de sessions de L.A. étaient au rendez-vous ! Gene Page s’occupait des arrangements, Lee Ritenour et Ray Parker Jr. étaient aux guitares, Sonny Burke au piano et James Gadson à la batterie.

C’était une période très excitante pour un musicien parce qu’il y avait vraiment des centaines de studios d’enregistrement et des sessions d’enregistrements étaient organisées chaque jour à L.A. L’industrie musicale était prospère ce qui offrait beaucoup d’opportunités.

Vous êtes crédité sur peut-être un tiers des disques que j’ai achetés. Comment tout cela est-il arrivé ?

Nous devons avoir les mêmes goûts en matière de musique.

Vu tout le temps que j’ai passé à enregistrer des disques, et cela étalé sur trois décennies, il y a de bonnes chances pour qu’effectivement la quantité impressionnante d’albums sur laquelle j’ai joué corresponde à un fort pourcentage de votre collection de disques, et plus particulièrement dans les genres pop, R&B, Rock & Roll et jazz.

En tant que musicien, vous préférez jouer en studio ou sur scène ?

C’est une bonne question. Je dirais que j’apprécie les deux pour différentes raisons. En studio, votre son est recréé avec le plus haut niveau de fidélité possible et les conditions de travail sont généralement parfaites, dans les meilleurs studios, avec les meilleurs ingénieurs du son et les meilleurs musiciens disponibles. Mais cette expérience audio de haute-fidélité ne traduit pas toujours votre niveau de performance et l’énergie dépensée et les réactions du public lors d’un concert produisent une sensation qu’il est presque impossible de décrire. Il n’y a vraiment rien qui se rapproche de cela ! J’ai vraiment beaucoup de chance d’avoir pu maintenir un bon équilibre entre mes performances en studio et sur scène. Quand je suis en studio, je joue comme si j’étais sur scène et lorsque je joue sur scène, je le fais avec autant de soin que si je jouais en studio.

Votre album solo et les albums que vous avez enregistrés avec Fourplay sont des albums de jazz mais vous avez aussi joué pour de nombreux artistes pop/rock tels qu’Elton John, Phil Collins ou Toto. Vous considérez-vous comme un musicien de jazz ?

En premier lieu, j’essaye d’être un bon musicien indépendamment du style musical, que ce soit du jazz, de la pop, du rock, du R&B ou n’importe quel autre genre. Je n’aime pas trop les étiquettes même si je suis conscient qu’il s’agit d’une nécessité en termes de marketing. Lorsque j’étais plus jeune, j’ai écouté et apprécié tellement de styles de musique que quand je joue, je m’inspire de toutes ces références et ne me considère pas réellement comme un musicien spécialisé dans un genre en particulier.

Pourquoi avez-vous attendu si longtemps pour enregistrer votre premier album solo ?

C’est sans doute la question que l’on m’a le plus posée. Bien que j’ai réussi à me construire une carrière de musicien d’accompagnement pérenne, j’avais en moi cette aspiration à enregistrer un album solo depuis pas mal de temps. J’imagine que tout ce temps qui s’est écoulé depuis mon aspiration initiale à faire ce disque, j’en avais besoin pour définir le concept et la direction que je voulais donner à ma carrière solo.

Quand on voit l’utilisation qui est faite de la basse dans la musique populaire et le rôle de soutien que joue cet instrument, cela représente un vrai challenge d’essayer de trouver comment le présenter sur un album solo. Et il faut ajouter à cela le fait que j’ai eu un emploi du temps très chargé en étant membre de plusieurs groupes et en tournant avec eux mais aussi en étant impliqué dans un nombre faramineux d’enregistrements et de productions. Dans ces conditions, le simple fait de trouver du temps pour travailler sur un projet solo représente déjà à lui seul un challenge.

Enfin bien que ce disque soit considéré comme un album solo, il s’agit d’un vrai travail collaboratif avec beaucoup de mes amis musiciens. J’ai la conviction qu’à ce moment de ma vie et de ma carrière, le temps était venu de faire cela. Le timing était absolument parfait.

Vous explorez différents style musicaux dans votre album y compris de la musique brésilienne. Était-ce une façon de rendre hommage aux musiciens et aux styles qui vous ont influencé ?

Il s’agit vraiment d’une célébration de toutes les musiques que j’ai pris plaisir à jouer durant toutes ces années. Chaque chanson à une histoire unique qui lui est associée, ce qui donne, je pense, plus de profondeur et d’émotion à l’album.

Il y a beaucoup de reprises sur l’album. Comment avez-vous choisi ces chansons ?

Encore une fois, chaque chanson est associée à une histoire. Sélectionner les chansons fut assez facile. « 101 Eastbound » est une reprise d’une de mes chansons que j’ai joué dans le monde entier avec Fourplay durant plus de 20 ans et elle a en quelque sorte évolué pour devenir la version que l’on peut entendre sur l’album. « Sir Duke » est une chanson qui vous fait du bien quel que soit l’endroit d’où vous venez. Je suis un grand fan de Pat Metheny et son « Letter from Home » occupe une place à part dans mon cœur. « Moondance » est l’une des premières chansons que j’ai apprises, jouées et chantées avec mon premier groupe. « I Can Let Go Now » de Michael McDonald est l’une des plus belles chansons jamais écrites ! Stevie Wonder et moi nous sommes retrouvés à jouer « Overjoyed » à l’harmonica et à la basse pour un test son au Carnegie Hall à New York et il m’a dit que si je souhaitais un jour enregistrer ce morceau, il voudrait jouer dessus ! Je ne pouvais pas louper une telle offre ! « Yesterday » est l’un des classiques que je préfère et la version que joue mon fils m’a vraiment conquis. Enfin « America the Beautiful » a été inspirée par la version de Jaco Pastorius.

Il y a aussi une chanson intitulée “Daft Funk”. Était-ce une façon de poursuivre l’expérience Daft Punk ?

L’expérience Daft Punk m’a vraiment amusé surtout lorsque j’ai joué « Get Lucky » sur Random Access Memories (RAM) et aux Grammies ! « Daft Funk » est un coup de chapeau malicieux à mes amis de Daft Punk et je suis vraiment ravi qu’ils se soient mis à faire de la vraie musique avec de vrais musiciens et que le monde ait adopté à ce point leur musique.

La liste des invités est impressionnante sur votre album. Peut-on considérer ces musiciens comme ceux qui ont le plus compté dans votre carrière ?

Oui. Ce sont tous mes amis et ils m’inspirent depuis de nombreuses années. C’est un honneur de pouvoir les appeler mes amis et qu’ils aient tous dit « oui » quand on les a appelés pour participé à l’enregistrement de mon album.

Votre fils Noah joue aussi sur votre album. Souhaitez-vous qu’il devienne musicien ?

Je pense qu’il est déjà trop tard. La musique le passionne et il est doué pour ça, c’est une évidence lorsqu’on l’entend jouer. Et même s’il n’est âgé que de 13 ans, on a l’impression qu’il fait ça depuis longtemps. Cela étant, je crois qu’il est suffisamment intelligent pour devenir ce qu’il voudra devenir.

Avez-vous prévu de venir jouer en Europe et plus particulièrement en France prochainement ?

Pour le moment, j’ai reçu des propositions et des demandes pour tourner en Europe. Je suis en train d’étudier tout ça et j’ai hâte de venir jouer là-bas. J’aime particulièrement jouer en France où se trouvent certains des amateurs de musique les plus enthousiastes au monde !


Pour en savoir plus sur Nathan East, visitez son site web www.nathaneast.com et celui de son école de basse en ligne www.nathaneastbass.com


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Boris Plantier