Mandoo : « La west-coast, c’est un peu la réunion de tout ce qu’on aime »

Vendredi 4 Avril 2014

Interview. En 2012, le duo français Mandoo, constitué de Pierre Vanier de Saint Aunay et Esther Ben Daoud, a sorti un premier album de musique west-coast remarqué, intitulé Sweet Bitter Love. Malone di Mano les a rencontrés.


Comment vous est venue l’idée d’enregistrer ce disque de pop west-coast ?

Esther : Tout naturellement. La musique west-coast est une musique qu’on aime et qu’on écoute depuis de nombreuses années et c’est la couleur que l’on a voulu dominante dans l’album, c'est-à-dire des chansons à arranger assez fournies mais aussi pop et c’est ce qui se passait à cette époque, à la fin des années et au début des années 80.

Pierre : Voilà on a écouté beaucoup de styles de musique mais c’est vrai que la west-coast, c’est un peu la réunion de tout ce qu’on aime. Donc le côté afro-américain, le côté folk aussi, le côté US. On s’est retrouvé vraiment dans cette musique.

Pouvez-vous nous parler de la conception de cet album Sweet Bitter Love ?

Pierre : Tout d’abord on travaille à la maison puisque nous vivons ensemble. Donc la composition, la conception, c’est un aller-retour entre Esther et moi. Ensuite le groupe Mandoo, c’est un duo, une autoproduction. On réalise un peu tout, on s’occupe des visuels, on s’occupe de la composition, de la réalisation mais il y a tout de même une équipe de musiciens derrière nous, puisqu’on a eu beaucoup d’intervenants sur l’album.

Esther : Une dizaine, trois cuivres (trombone, trompette, sax), des cordes, basses, batterie, guitare (plusieurs guitaristes). Donc on collabore avec des gens et notamment avec un ingénieur du son qui s’appelle Mark Haliday qui travaille au Custom Studio à Bagnolet et qui est un grand fan de Steely Dan et de Donald Fagen. Il a réalisé un grand travail sur l’album.

D’une manière générale, l’album sonne très fin 70 début 80, est-ce un travail de reconstitution ou une expérience ludique ?

Pierre : Nous, on a baigné dans le son de l’époque. C’est vrai que la majorité des disques qu’on écoute à la maison ont ce son un peu mat d’il y a une quarantaine d’années. Bon voilà, nous on est en 2014, c’est l’air du numérique, mais on utilise des instruments vintage

Esther : Notamment du Fender Rhodes

Pierre : De la guitare, de la basse Fender, des amplis Twin Reverb. On essaye de se rapprocher au maximum de nos disques mythiques. C’est le travail qu’on fait avec Mark Haliday, notre ingénieur du son. Dans le mix, on essaye de se rapprocher de ce son-là, avec quelques recettes, comme avoir des caisses claires bien mates, bien compressées, le traitement des arrangements et de tous les instruments. C’est notre goût, on essaye vraiment de se faire plaisir et on a un son dans la tête qu’on essaye de reproduire.

Quels sont les musiciens qui vont ont inspiré ?

Pierre : Les musiciens de studios, les gens qui enregistraient ces fameux disques. On en a pas mal. Nous on est instrumentistes au départ. On s’est attaché à lister tous les musiciens sur les albums au fur et à mesure.

Esther : Et notamment des musiciens qu’on retrouve sur différentes albums et qui font que du coup, ces albums, on les découvre par les musiciens. Il y a notamment Steve Gadd, c’est un de nos batteurs préférés.

Pierre : Jeff Porcaro, Bernard Purdie, John Robinson.

Esther : On peut penser aussi à Larry Carlton, à la guitare, Ray Parker Jr.

Pierre : Paul Jackson Jr. S’il veut venir collaborer au prochain album, on sera ravis.

Esther : Des grands bassistes aussi : Chuck Rainey

Pierre : Anthony Jackson, Marcus Miller, Abraham Laboriel
Et les claviers aussi, les pianistes George Duke, Bob James, Joe Sample. Ce sont des gens comme ça qui se baladent d’album en album, qui collaborent dans cette grande famille. Ce sont eux qui nous ont inspiré.

Est-ce qu’il y a une différence entre les sidemen et les session men ?

Esther : Non, ce sont toujours de grands interprètes. Ce ne sont pas forcément des grands compositeurs, des grands arrangeurs ou des producteurs mais ce sont des gens qui ont vraiment quelque chose à part dans leur instrument, dans leur façon de jouer. La musique c’est eux. La musique c’est les compositeurs mais c’est aussi les musiciens qui font vivre la musique des compositeurs. Pour nous, c’est une grande famille. C’est vrai qu’on a beaucoup de noms de compositeurs, d’artistes en tant que tels, et puis on est aussi fan de musiciens.

Sweet Bitter Love, un sentiment doux amer, n’est-ce pas l’essence même de la musique west-coast ?

Pierre : Sweet Bitter Love exactement, on pourrait comparer ça à un plat sucré salé par exemple. La west-coast, c’est vraiment l’équilibre de plein de choses différentes, par exemple une harmonie qui nous vient du jazz, du gospel, de la soul, qu’est-ce qu’on peut trouver dans la west-coast ? Des harmonies vocales par exemple dans les Doobie Brothers, des guitares acérées entre le blues de Larry Carlton et les guitares un petit peu plus punchy de Steve Lukather. C’est une efficacité dans le groove et aussi de belles mélodies pas trop sirupeuses, pas trop gnangnan. Et avec tous ces petits ingrédients, ça devrait commencer à bien sonner je pense.

Et d’où vient le nom de Mandoo ?

Pierre : Mandoo, c’est un petit ravioli vapeur. Ça nous vient de la gastronomie coréenne. C’est notre côté gastronome et international. Le mandoo, quand tu le tranches, tous les arômes sortent et viennent te chatouiller les narines et ça nous a plu. C’est notre côté gastronome.

En fait c’est un peu votre musique.

Pierre : Exactement. Un petit concentré de plein de saveurs.

Votre disque est en anglais. A-t-il attiré l’attention du public dans d’autres pays que la France ? Est-ce que cela vous a permis une commercialisation à l’étranger ?

Esther : Oui, exactement. Nous on vend 90 % de nos disques à l’étranger. C’était la surprise après le premier 5 titres qu’on a réalisé en 2006. On a été découvert par des mélomanes au Japon, en Scandinavie, un petit peu partout en Europe, en Espagne, en Italie.

Pierre : C’est parti comme ça. On a créé notre réseau comme ça, de fil en aiguille, et pour cet album Sweet Bitter Love, on en a vendu aussi beaucoup chez nos amis Japonais, Scandinaves. En Scandinavie, il y a une belle famille West-coast avec des artistes comme State Cows ou Ole Børud. Nous y avons aussi des amis comme Bent Isaacson qui a un beau site sur la musique west-coast. Et on a aussi collaboré avec un magasin de disque qui s’appelle Blue Desert qui se trouve au Danemark. Et la personne qui s’occupe de notre promo en Europe, Peter Homstedt de Hemifran qui est suédois.

C’est étrange quand même que la west-coast ait du mal à prendre en France.

Esther : Ça a du mal à prendre mais je trouve qu’il y a un public, il y a des radios comme Radio Geyster, mais c’est un petit public, une toute petite famille.

Pierre : Peut-être que les Français attendaient Mandoo (rires).

Est-ce qu’il y aura un deuxième album ? Et si oui est-ce que vous conserverez ce son west-coast ?

Pierre : Oui. On a commencé à travailler sérieusement, depuis fin septembre, sur un deuxième album. Les compositions sont en marche. Il y en a 4 ou 5 qui sont déjà bien avancées. On va conserver le son west-coast parce que c’est vraiment ce qui nous intéresse finalement.

Esther : Et parallèlement à cela, on est toujours en pleine promo du premier album puisqu’on essaye de le diffuser au maximum et de lui donner un plus grand rayonnement que celui qu’il a actuellement. Et puis on aussi réunit une grande équipe pour le live, pour aller défendre le projet sur scène avec 11 musiciens.

Pierre : Actuellement on est en train d’auditionner des choristes. Donc l’équipe est quasiment au complet. Tout ce travail-là plus le démarchage de futurs partenaires (label, maison de distribution ou d’édition) et il faut aussi monter le projet financier pour le prochain album donc ça, il faut y penser un peu à l’avance. On aimerait bien avoir des guest au niveau des musiciens sur certains titres. Donc voilà, on fera peut-être un site de partage, un KissKissBangBang s’il y a des gens qui aiment la west-coast et qui veulent participer à notre prochain projet.

Esther : Nous soutenir c’est aussi acheter le premier album qui est déjà disponible.

Où est ce qu’on peut acheter cet album ?

Pierre : Sur notre site ou sur CD Baby et iTunes.

Petit flash-back, retour dans le passé, racontez-moi votre découverte de la musique west-coast ?

Pierre : Personnellement, mes premiers souvenirs de la west-coast, c’était lors d’un voyage en Californie. J’étais adolescent, c’était en 1984. J’étais pas tout à fait en Californie, j’étais dans le nord, dans l’Oregon, et on a sillonné toute la west-coast et, c’est là, dans la voiture, en suivant le Pacifique, qu’on écoutait la radio et que j’ai pu découvrir des artistes comme Bill LaBounty, Hall & Oates et aussi un peu de heavy metal avec des groupes qui marchaient à l’époque comme Def Leppard, Tesla… Donc voilà, moi j’étais adolescent, je ne faisais pas de musique à l’époque et j’ai pioché, j’ai écouté plein de sons là-bas, ce sont mes premiers souvenirs.

Esther : Moi, j’ai un peu de différence d’âge avec Pierre. J’ai 8 ans de moins. J’ai plutôt découvert la west-coast par les musiciens de jazz. J’ai toujours écouté beaucoup de jazz et il y a beaucoup de jazzmen qui ont joué sur les albums west-coast donc j’y suis venue comme ça. J’ai aussi un super copain Fabio Marchesand qui m’a fait découvrir Steely Dan. Ça a été un peu la révélation. Et puis quand j’ai connu Pierre, y avait de la west-coast qui tournait à la maison.

Pierre : Et puis pour la petite histoire, Esther aimait plein de morceaux et à un moment, en regardant les crédits sur les albums, elle s’était rendue compte que c’était Jay Graydon qui collaborait à chaque fois, souvent sur les morceaux qu’elle appréciait.

Je sais que vous vous êtes rendu à Los Angeles l’été dernier. Cette ville est-elle toujours hantée par la musique west-coast et y avez-vous trouvé ce que vous recherchiez ?

Esther : C’est vrai qu’on a eu la chance de passer un mois et demi à Los Angeles l’été dernier. On a visité tous les lieux mythiques, de Santa Barbara à Carmel en passant par Monterrey, San Diego et également toute la route des plages, La Roya, la plage des Doors…

Pierre : On a visité et en même temps, c’était des vacances orientées concerts. Donc on avait pris des places pour des artistes qui ne passent pas en Europe. On a été voir Bobby Caldwell, dans une winery, un endroit où on vendait du champagne, c’était super sympa. Donc la west-coast est toujours en west-coast en fait, en Californie. On a été voir Steely Dan au Nokia Theater dans le centre de Los Angeles. Un énorme concert où ils ont joué Aja en entier devant 7000 personnes, avec un groupe au taquet avec Keith Carlock à la batterie, frais, débordant d’énergie, impressionnant. Au début du concert c’était sympa. Ils étaient tous en place, il y avait 15 musiciens et ils avaient mis une platine vinyle sur le devant de la scène, la choriste vient, prend le vinyle de Aja, le pose sur la platine, prend le bras de l’électrophone et au moment où elle pose le bras sur le disque, ils commencent et ils nous ont joué tout l’album sans interruption, du premier morceau jusqu’à la fin. C’était un souvenir mémorable.

Je sais que vous avez rencontré également Geyster.

Esther : Oui. Ça c’était un truc super sympa. Ça c’est vraiment fait par hasard. Il était à Los Angeles aussi pendant qu’on y était donc on s’est contacté et on a été déjeuner un midi ensemble, on a échangé musique et passion pour cette west-coast. On ne s’était pas rencontré en France et c’était notre première rencontre, à Los Angeles. C’était assez marquant. C’est marrant.

Est-ce que vous pouvez nous en dire un petit peu plus sur d’autres artistes que vous êtes allé voir cet été en Californie ?

Pierre : On a vu Hall & Oates au Pacific Theater de Costa Mesa, c’était un amphithéâtre en plein air. Il y avait à peu près 10 000 personnes. C’était un rêve pour nous de voir Hall & Oates. La west-coast continue, elle est toujours vivante et les artistes tournent toujours. On les a écouté pendant de nombreuses années et de les voir comme ça en live, c’était vraiment une super expérience.

Esther : Et si vous allez en Californie, on vous conseille d’aller soit dans des wineries, qui font musique et vin ou champagne, c’est super sympa parce qu’on est vraiment dans de petites structures et les artistes sont abordables, soit dans les hôtels un peu chics.

Pierre : On a été à l’hôtel Hyatt à Newport Beach pour voir un super concert avec Bob James au piano, Steve Gadd à la batterie, David Sanborn au saxophone alto et James Genus à la contrebasse. Et pour l’anecdote, à la fin du concert, tout le monde est parti et nous on est resté avec les musiciens. Juste à côté d’Esther, il y avait Randy Crawford, très abordable, qui est venue s’asseoir à côté de nous, avec qui on a discuté. Ces petits endroits, c’est peut-être un peu plus cher que les salles de concert mais par contre, on est vraiment près des artistes et on peut leur parler, les côtoyer un petit peu et ça c’est super.
Et apparemment, il y a une ambiance assez spéciale dans les concerts là-bas.

Esther : C’est le groove qui prime. Ce sont des amoureux de la musique les Américains. C’est vraiment très sympa même avec une petite scène, un petit public, ça bouge, ça bouffe, ça bois aussi. En parlant de bouffe, il y a un truc très sympa à faire aussi, c’est le Long Beach Festival. C’est trois jours de musique black américaine. Tu viens piqueniquer et c’est toute la journée des concerts qui s’enchaînent.

Pierre : Quand on y a était, George Duke était décédé une ou deux journées avant, donc ça a été un hommage à George Duke toute la journée et là on a vu Gladys Knight, qui est une grande artiste afro-américaine, et y a eu un moment où tous les spectateurs chantaient avec elle. Il y avait une sorte de communion qui me donne encore des frissons. C’était vraiment un grand moment.

Esther : Il y avait Stanley Clarke aussi, Eric Benet.

Pierre : Et Jeanette Harris qui est une saxophoniste smooth jazz avec un son vraiment de San Diego.

Un mois et demi de concerts…

Pierre : Oui. Et on n’a pas pu voir tout ce qu’on voulait sachant qu’il y a Michael Franks qui tourne plutôt autour de San Francisco, Michael McDonald qui va plutôt au frais l’été, qui rentre à l’intérieur des terres, Boz Scaggs qui était programmé en septembre… Le top de la programmation en Californie, je pense que c’est le printemps et puis septembre aussi où ça repart très très fort.

Et si vous deviez retenir un seul concert ?

Pierre : Steely Dan. Il se passe quelque chose avec Steely Dan.

Une ambiance spéciale...

Esther : Est-ce qu’on peut en parler ? Oui ? Disons que ça sentait un peu fort l’herbe du jardin. Ça c’était rigolo.

Pierre : On a bien dormi. On n’a pas dormi pendant le concert mais on est sorti un petit peu secoué effectivement. Et il y avait un truc marrant c’est que le public de Steely Dan, c’est plutôt des beatniks de 60 balais et le même soir juste en face il y avait Taylor Swift qui passait donc on s’est retrouvé sur l’esplanade avec des ados, des jeunes vierges effarouchées d’un côté et les vieux beatniks de 60-70 balais de l’autre. C’était un contraste assez marrant.[


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