Killing Bono

Mardi 16 Août 2011

Lorsqu’on a grandi dans les années 80, on a forcément au moins un peu grandi avec la musique de U2 dans les oreilles. Avec leur ribambelle de tubes et leur statut souvent proclamé de plus grand groupe de rock de leur génération (un point certes à débattre, mais probablement acquis dans la conscience populaire), U2 est incontestablement un groupe majeur de son époque.


Killing Bono
Un jour ou l’autre, il fallait donc bien que le cinéma s’intéresse à eux. C’est ce que l’on aurait pu penser en voyant débarquer Killing Bono, qui nomme carrément le leader du groupe dans son titre. Le film de Nick Hamm s’intéresse en fait moins au plus célèbre groupe d’Irlande qu’à deux frères, Ivan et Neil McCormick, qui sont allés au lycée avec la bande à Bono et ont espéré eux aussi à l’époque devenir le plus grand groupe de rock du monde… mais n’y sont jamais parvenus. Le film relate leur tentative de rattraper le retard face à leurs potes de lycée lorsque ceux-ci décollent, leurs années de galère pour émerger sur la scène musicale des années 80, et tout de même, leur relation avec Bono.

A défaut d’être un inconditionnel de U2, mes parents faisaient suffisamment tourner les 33 et 45 tours du groupe dans le salon lorsque j’étais enfant pour très bien connaître leurs grands tubes de l’époque et me dire que ce que font Bono et The Edge ces dernières années n’arrive pas à la cheville de ce qu’ils faisaient il y a quinze ou vingt ans. Alors découvrir ces frères ayant vécu dans l’ombre de leurs amis irlandais était un programme plus qu’intrigant. Ceux qui attendent du film un biopic de Bono ou un enchaînement des titres phares du groupe peuvent rentrer chez eux, car si on voit bien Bono à l’écran sous les traits du comédien Martin McCann, rien – ou si peu – n’est entendu de la discographie des irlandais.

Tant mieux finalement, car le réalisateur Nick Hamm, en adaptant l’autobiographie de Neil McCormick (eh oui, tout est vrai dans ce film !), aborde la question de la création musicale du point de vue de ceux qui courent après la réussite sans l’obtenir. Soit un point de vue porteur au cinéma, surtout lorsque l’on touche à la musique. Le temps passe, et tandis que U2 remplit les stades et conquiert l’Amérique, les frères McCormick vont de galère en galère, de concert minable en concert minable, de déception en déception, avec au passage quelques moments d’espoir qui entretiennent la flamme.

L’approche du film était bonne. Les héros choisis étaient les bons. Le frère guitariste débonnaire que Bono voulait pour U2 et que le grand frère ambitieux a gardé pour lui, sans mentionner à l’intéressé qu’il aurait pu faire partie du plus grand groupe du monde avant de nombreuses années. Mais quelque chose ne fonctionne pas dans Killing Bono. Derrière la volonté, derrière les bonnes idées, l’exécution n’est pas à la hauteur. Le film est trop long, trop répétitif. Il s’étire trop par endroits, pas assez à d’autres.

Lorsque le film prend son envol, lorsque U2 prend forme et explose et que les McCormick commencent à jouer dans l’ombre, il manque une étincelle. L’étincelle des musiciens qui jouent sans parvenir à s’offrir la lumière des spotlights, ceux qui continuent encore et toujours malgré l’incapacité à attirer l’attention sur eux. Il y a dans Killing Bono une part de l’ADN de deux grands documentaires musicaux de ces dernières années, Dig ! pour cette rivalité artistique qui voit un gagnant et un perdant, et Anvil ! The Story of Anvil, pour l’endurance, pour cette flamme qui a failli s’allumer mais n’y parvient en fait jamais. Nick Hamm tourne autour de ces thèmes sans jamais pleinement les embrasser, alors que prendre conscience plus pleinement de l’ombre aurait apporté une lumière magnifique à Killing Bono. Tel quel, il séduit gentiment, grâce à quelques beaux moments d’énergie, grâce à deux comédiens, Robert Sheehan et Ben Barnes, qui campent avec passion les frères McCormick. Il séduit dans cette Irlande des années 70 / 80, mais ne parvient pas à faire ressortir la belle mélancolie qui aurait pu découler du film. Il n’en est pas passé loin. Et a au moins le bon goût de ne pas pêcher par excès de facilité. Les frères McCormick ne sont jamais devenus le deuxième plus grand groupe de musique à avoir émergé d’Irlande. Mais ils sont au moins devenus de sympathiques héros de cinéma.


Killing Bono - UK (2011), de Nick Hamm, avec Robert Sheehan, Ben Barnes, Krysten Ritter, Martin McCann, Pete Postlethwaite.


Cet article vous a été offert par L'impossible Blog Ciné

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David Tredler