Hotel California : Les années folk rock (1965-1980)

Samedi 12 Décembre 2009

Cette enquête de Barney Hoskyns sur l'épopée du rock californien est un livre indispensable pour découvrir qui étaient ces jeunes musiciens qui ont fait la musique des années 70 : Crosby, Stills, Nash & Young, The Eagles, Jackson Browne, Linda Ronstadt, Joni Mitchell, J.D. Souther, James Taylor, Gram Parsons...


Hotel California : Les années folk rock (1965-1980)
Ce livre propose une enquête sur le rock californien des années 70, réalisée à partir de témoignages et interviews. L'auteur montre d'abord comment Los Angeles est devenu le coeur de l'industrie musicale américaine à la fin des années 60 en lieu et place de New York, grâce au succès des groupes The Byrds, Buffalo Springfield et The Mamas and the Papas. La musique de ces groupes, qui ont su habilement mélanger la folk de Dylan à la pop des Beatles, a connu un grand succès dans les années 68-70. Les membres de ces groupes vivaient alors en communautés, se retrouvant dans de grandes maisons rustiques dans les quartiers très bucoliques de Laurel Canyon et Topanga Canyon. Cette élite musicale a attiré de jeunes auteurs-compositeurs-interprètes venus des quatre coins des États-Unis pour tenter leur chance. Ces jeunes gens menaient une vie de bohème façon hippie et se produisaient le soir dans des clubs et notamment dans le célèbre Troubadour, ce lieu incontournable dans lequel ils se retrouvaient pour chanter mais aussi écouter, draguer, discuter, élaborer des projets. Leurs textes étaient autobiographiques et introspectifs, contrairement aux textes contestataires et engagés de leurs aînés, et leur univers musical était la plupart du temps country mais une country matinée de musique soul, bien différente de la country authentique qui se jouait à Nashville.

Ces jeunes musiciens se sont vus proposer des contrats par des producteurs au nez creux, le plus célèbre d'entre eux étant David Geffen, décrit comme un personnage malin et peu scrupuleux. C'est Geffen qui a créé le label Asylum avec pour objectif la domination de l'industrie mondiale du disque. Son premier coup de maître fut d'assembler trois puis quatre musiciens de grand talent : David Crosby, Stephen Stills, Graham Nash & Neil Young. Il lança ensuite les carrières de Joni Mitchell, Jackson Browne (dont il fit son directeur artistique), Ned Doheny, J.D. Souther et créa de toutes pièces un groupe de légende : The Eagles. C'est le parcours de ces stars de la musique que nous conte l'auteur. Il relate aussi le parcours d'autres jeunes artistes ou groupes établis à Los Angeles, qui ont percé sur d'autres labels au même moment : Linda Ronstadt, James Taylor, Carole King, Randy Newman, Tom Waits, Judy Collins, Ry Cooder, Gram Parsons, Tim Buckley, Little Feat, Poco, the Doobie Brothers, Carly Simon...).

Hélas, comme en rend compte l'auteur, cette génération de musiciens qui a apporté un peu de renouveau et de fraîcheur dans la musique américaine n'a pas su gérer son succès. Aussitôt enrichis, ils se sont repliés sur eux-mêmes et se sont installés dans les villas cossues des quartiers de millionnaires et de stars de cinéma, laissant un peu de côté le rock'n'roll pour se concentrer sur le sexe et surtout les drogues dures. Cette décadence a entraîné disputes, décès et surtout perte d'inspiration. L'auteur note que la musique californienne a pris un virage plus commercial, la country disparaissant petit à petit pour laisser place à une musique pop/rock aseptisée typique du Los Angeles des années 70. Une évolution musicale a alors eu lieu, initiée par Steely Dan : la musique californienne s'est davantage rapprochée de la musique noire (jazz, rhythm & blues, funk) prenant ainsi une tournure plus urbaine. « Il s'agissait d'évoquer le béton, l'acier et le pouls de la vie citadine » comme le note Don Henley. De nouveaux artistes se sont alors révélés (Fleetwood Mac, Warren Zevon, Ricky Lee Jones...).

Ce livre-enquête passionnera tous les fans de rock américain. Il s'agit d'un témoignage exceptionnel sur des artistes que l'on connaît peu en France, rien ou presque n'ayant été traduit les concernant. Après l'avoir lu, vous n'écouterez plus jamais leurs chansons de la même manière et vous serez sans doute emmenés à réviser votre jugement sur certains de ces musiciens qui vous sembleront alors beaucoup moins sympathiques que leur musique le laissait imaginer.


Hotel California : Les années folk rock (1965-1980), de Barney Hoskyns, Castor Music, 2008. Traduction de « Hotel California : Singer-Songwriters and Cocaïne Cowboys in the L.A. Canyons », 2005.


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© Boris Plantier