David Pack : « Quincy Jones m’a donné le coup de pouce qui a changé ma vie »

Vendredi 12 Septembre 2014

Interview. David Pack vient de sortir l’album Napa Crossroads en collaboration avec différents artistes et viticulteurs californiens. Il nous raconte ses débuts avec Ambosia, revient sur sa carrière solo, sa collaboration avec Alan Parsons avant de parler vin et de nous recommander quelques bons crus de Californie.


© Stacey Pack
© Stacey Pack
Parlez-moi de vos débuts ? Le succès est-il venu rapidement ?

Ambrosia a été formé en 1970 et nous n’avons enregistré notre premier album qu’en 1975. Une demi-décennie, ce n’est pas rapide. Pour nous c’était une éternité parce que nous avons dû faire notre premier album pour 20th Century Fox Records deux fois. Notre manager pensait que ce serait une bonne idée d’enregistrer 25 de nos chansons pop mais nous voulions faire du rock progressif alors il nous a quand même laissé enregistrer deux de nos chansons progressives puis nous avons fait écouter tout cela au président du label. Notre manager pensait qu’il ferait l’album en sélectionnant quelques-unes de nos 25 chansons pop mais le président du label a dit que seuls les deux morceaux de rock progressif lui plaisaient.

Donc, après six mois d’enregistrement, nous avons du tout recommencer pour faire l’album que nous voulions faire depuis le début. Il nous a fallu entrer en contact avec Alan Parsons car nous sentions qu’il était le seul ingénieur du son au monde capable de tirer le meilleur de notre musique pour cet album qui devait lancer notre carrière. Ce fut pour nous un vrai miracle d’avoir Alan. Nous avons alors été en mesure de faire ce premier album d’Ambrosia exactement comme nous le voulions.

Comment était la vie à Los Angeles à vos débuts ?

Comme vous pouvez l’imaginer, les choses étaient beaucoup plus simples au début des années 70. La groupe vivait en communauté et répétait dans la salle de séjour de la maison que nous louions. Nous allions aux concerts ensemble, notre musique ressemblait à une sorte de petit mélange de ce que faisaient les Beatles et les Beach Boys car nous vivions à South Bay près de la plage. Ce n’était pas surpeuplé, il n’y avait pas ces distractions qui tournent autour des ordinateurs et nous devions utiliser des cabines téléphoniques ou des lignes fixes pour nous téléphoner. Impossible de se cacher derrière des SMS ou des emails.

Il était encore possible de circuler normalement sur les autoroutes de Los Angeles. Et il y avait dans la région une innocence qui n’existe plus. C’était à seulement 10 minutes de Hawthorne, là où les Beach Boys avaient grandi. Nous vivions à Hermosa Beach, là où ils surfaient et où j’avais l’habitude de surfer et de me balader quand j’étais lycéen.

Vous collaborez depuis longtemps avec Alan Parsons. Comment est-il ?

C’est l’un des plus grands amis que la vie m’ait donné. Un gros nounours avec un cœur d’or, talentueux dans de nombreux domaines. Il est magique en studio et il est tout aussi magique en dehors des studios.

Vous avez collaboré à de nombreux projets depuis que vous avez quitté Ambrosia mais vous n’avez enregistré qu’un nombre très limité d’albums solo. Pourquoi ?

Après mon premier album solo en 1986 pour Warner Bros, j’ai connu l’un des plus grands coups durs de ma vie et cela m’a détruit pour les quinze années qui ont suivi. C’est une longue histoire. Michael McDonald m’a appelé au moment où je touchais le fond pour me proposer de tourner avec lui pour quelques concerts puis j’ai fini par intégrer son groupe durant deux ans.

J’ai simplement perdu confiance en moi en tant qu’artiste solo. J’ai commencé à croire que mon métier consistait à me mettre au service d’autres artistes parce que certains des plus grands artistes ont commencé à m’appeler pour me demander de produire leurs albums.

Et puis j’avais aussi des enfants qui avaient besoin de leur père. J’avais une fille adoptive dont je devais particulièrement m’occuper. Durant des années, j’avais fait des tournées dans le monde entier avec Ambrosia… Je n’avais pas envie de recommencer tout cela en tant qu’artiste solo. J’avais plutôt envie de créer des disques à la façon de Brian Wilson, mon héros. C’était plutôt ça mon truc.

Par la suite, Quincy Jones m’a donné le coup de pouce qui a changé ma vie et durant près de deux décennies, je suis devenu un producteur à temps plein et plus un artiste. Puis, finalement, la confiance incroyable que mes fans avaient placée en moi, m’a permis de revenir en tant qu’artiste et d’enregistrer. Je n’aurais jamais imaginé à quel point ils pouvaient être fidèles ni le soutien qu’ils pouvaient m’apporter.

Je recommence donc à enregistrer mes propres disques, pour eux.

Quels souvenirs gardez-vous de votre expérience de directeur musical pour les deux cérémonies d’investiture de Bill Clinton en 1993 et 1997 ?

Je n’ai jamais dirigé ou participé à un évènement aussi enthousiasmant. J’ai demandé à Paul McCartney de jouer de la basse pour la seconde cérémonie d’investiture et il m’a écrit, par l’entremise d’Alan Parsons, pour me dire qu’il aurait adoré participer s’il n’avait pas réservé un voyage au ski avec Linda et les enfants à cette date-là et, dans cette lettre, il me souhaitait bonne chance dans mes projets. Je conserve cette lettre précieusement.

Lors de la première cérémonie, je me souviens d’avoir chanté « Biggest Part of Me » pour la première danse du couple présidentiel et ils étaient là, à quelques mètres de moi, en train de danser alors que je chantais pour eux. Monsieur et Madame Clinton. C’était irréel, ça ressemblait à un rêve.


Comment est né le projet Napa Crossroads ?

J’adore Napa Valley depuis la fin des années 70. Je suis tombé sous le charme de la viticulture, de l’art de faire du bon vin alors qu’il est incroyablement difficile d’imaginer quel sera le goût du vin qu’on produit dans 10, 20 ou 50 ans puisqu’il s’agit d’une substance vivante et qui change sans arrêt. C’est vraiment un truc fascinant. J’avais toujours rêvé de rencontrer quelqu’un de là-bas et en 2005, j’ai chanté au mariage du chanteur country Billy Dean et il m’a présenté à son ami viticulteur Jeff Gargiulo. Cette même année, Jeff m’a invité à chanter à la fête qu’il a donnée pour les vendanges et cela m’a permis de rencontrer tous ces grands viticulteurs et de découvrir qu’ils aimaient la musique tout autant que le vin.

Quand ils ont pris leurs guitares et qu’ils se sont mis à jouer, j’ai vu à quoi ils devaient ressembler à 18 ans et je me suis souvenu de l’époque où je découvrais la musique et à la passion que j’éprouvais alors pour ça. Puis, au fil des années, j’ai commencé à chanter pour leurs évènements privés et pour des galas de charité à Napa et c’est comme ça que m’est venue l’idée d’encapsuler dans des chansons le moment présent et la vie que nous vivons maintenant à Napa. J’ai voulu donner à mes amis viticulteurs un accès à l’arrière-scène du plus grand évènement musical de leur vie et partager avec eux cette expérience unique. Pour cela j’ai invité un certain nombre de stars de la musique.

Ils ont, pour la plupart, collaborés à deux chansons avec chaque viticulteur, sur de vraies histoires qui représentaient vraiment quelque chose pour chacun d’eux. Et puis, j’ai rencontré Ray Manzarek des Doors, qui vivait à Napa, et cette rencontre m’a tellement inspiré que je lui ai écrit une chanson, « Silverado Free », sur laquelle il a joué. Ce fut sa dernière grande performance.

Ce disque a donc pris une tournure plus profonde que je ne l’imaginais au départ.

Présentez-nous ces personnes avec lesquelles vous avez collaboré.

On retrouve cinq propriétaires des meilleurs vins de Napa Valley. David Duncan dirige Silver Oak. Lorsque je l’ai rencontré, il jouait de la musique et écrivait des poèmes et des chansons mais il n’avait jamais sorti de CD. De même pour Jeff Garciulo. Suzanne Pride de Pride Mountain Winery n’avait jamais écrit une chanson de sa vie mais collaborer avec elle fut une expérience incroyable. Elle avait un don pour ça et elle ne s’en était jamais rendu compte. Et puis il y a Larry Maguire, propriétaire de Far Niente. C’était déjà un guitariste de classe mondiale qui écrivait depuis 20 ans des chansons que personne d’autre que sa femme et ses enfants n’avaient entendues. C’était le plus grand rêve inassouvi de Larry. Enfin Carmen Policy de Casa Piena n’avait jamais écrit de chansons mais avait de grandes idées sur la façon d’écrire des paroles ainsi que sur la façon dont certains thèmes devaient être abordés. C’est un grand homme et nous avons écrit ensemble deux chansons tout simplement parfaites.

Parlez-moi de votre découverte du vin.

Je n’avais jamais aimé le vin et puis, en 1974, Alan Parsons m’a fait découvrir des vins français au moment où il mixait notre album. Des Bourgogne et des Bordeaux qui ont éveillé mon palais. Par la suite, j’ai trouvé la première bouteille de Cabernet américain que j’ai aimé, BV Cabernet et puis une bouteille de Silver Oak. Cela a changé ma vie et j’ai commencé à découvrir et à m’imprégner des différentes nuances présentes dans les vins. Plus tard, lorsque Alan Parsons m’a demandé de chanter sur l’album Year of the Cat d’Al Stewart, j’ai découvert qu’Al était un grand amateur de vin et il m’a fait goûter ma première bouteille de La Tache. Une vraie découverte.

Quel vin américain nous recommanderiez-vous ?

Je commencerais par vous suggérer d’essayer ces incroyables vins produits par les 5 viticulteurs qui ont pris part au projet Napa Crossroads : Silver Oak, Far Niente, Pride Mountain Vineyards, Gargiulo Vineyards et Casa Piena. Et puis je vous présenterais aussi les vins de l’homme qui a pris toutes les photos noir et blanc du livret du CD. Il s’appelle Bret Lopez et il produit le Scarecrow, un fameux Cabernet blanc. Il s’agit du vin qui a atteint le prix le plus élevé à la dernière vente aux enchères de Napa Barrel. Il s’est vendu au prix de 4 300 dollars la bouteille ! Que dites-vous de cela ?

Ça semble parfait. En France, nous aimons le vin et la bonne musique. Y a-il une chance pour que vous veniez chanter chez nous prochainement ?

C’est en France que tout a commencé. J’ai un rêve français à assouvir. Celui de visiter le sud de la France, le pays du vin, et ses différentes régions. J’espère qu’un jour je pourrais faire un album Crossroads en France en collaboration avec des viticulteurs qui seraient aussi des passionnés de bonne musique et qui auraient des histoires à raconter à travers des chansons. Et je suis certain qu’un tel projet pourra se faire dans les prochaines années. Napa Valley doit tout à la France. Les grands plans de vignes d’ici ont poussé en France avant d’être replantés à Napa il y a plusieurs siècles de cela. Alors peut-être que l’on pourrait faire un disque en partant à la recherche de ces racines françaises ? Et bien sûr on pourrait imaginer une tournée Napa Crossroads en France. Cela intéresserait-il quelqu’un de nous faire venir ? S’il vous plait, ce serait super !



Bookmark and Share


Boris Plantier