Con Funk Shun, le retour d'une valeur sûre du R&B

Dimanche 14 Juin 2015

Interview. Michael Cooper, chanteur et guitariste fondateur de Con Funk Shun, revient pour nous sur la carrière du fameux groupe de soul/funk des années 70-80 et nous présente le tout nouvel album du groupe : More than Love.


Parlez-moi des débuts de Con Funk Shun ?

Il y a eu beaucoup de heurts, de doutes et de désaccords durant cette aventure. Mais nous n'avons jamais envisagé de nous séparer. De temps à autres, on a fait un vote . Et puis nous pouvions demander conseil à des personnes d'expérience dans le milieu, à Memphis.

Où le groupe a-t-il puisé ses influences ?

Le funk et la rythmique viennent de James Brown et de Sly Stone, les cuivres de Chicago, de Tower of Power, de Mandrill et des Nite-Liters. Pour les vocaux, Felton a été inspiré par Earth, Wind & Fire et les Stylistics, et moi par Tendy Pendergrass, Sugar Foot et les Ohio Players.

Dans les années 70, certains groupes trouvaient leur inspiration dans les problèmes socio-politiques. Qu'en était-il de Con Funk Shun ?

Nous estimions qu'il y avait suffisamment de groupes qui s'engouffraient dans ce créneau. Nous pensions que les gens avaient besoin d'être conduits loin de tout ça avec des chansons pour danser et des chansons d'amour.

Quels albums de Con Funk Shun recommanderiez-vous à quelqu'un qui voudrait découvrir votre musique ?

Il y en a quelques uns ! Secrets montre toute l'innocence et le naturel du groupe à ses débuts. Ses premiers pas en studio et ses premières compositions. Candy montre Con Funk Shun alors qu'il commençait à attirer l'attention sur lui dans l'industrie musicale. Electric Lady marque nos débuts au sein d'une compagnie de disque qui contrôle notre musique, le fait que nous devions accepter de nous ouvrir à d'autres et de les laisser nous changer. Et enfin Burning Love qui représente la fin de notre signature sonore et tout ce qu'on ne veut plus jamais voir se reproduire.

L'album More than Love est le premier depuis très longtemps. Racontez-moi sa conception.

La réponse la plus basique à cette question est : Nous sommes toujours là ! Beaucoup de nos pairs sont morts : Roger Troutman, Rick James, Sugar Foot, Tina Marie, Teddy Pendergrass. Nous sommes heureux d'être encore ici, d'éprouver encore de l'envie, de pouvoir écrite, chanter et jouer et de tous avoir notre propre studio.

Alors on s'est dit faisons-le ! Et puis, avec des chansons comme « Blurd Lines » et « Uptown Funk », la musique a fait un tour complet pour revenir là où nous l'avions laissée. Bruno Mars est mon musicien préféré.

Nous avions envie de nous replonger là-dedans encore une fois. Mais désormais l'industrie du disque est devenue une machine à sous. Vous devez payer des dizaine de milliers de dollars pour que votre musique soit entendue du grand public.

On a pris beaucoup de plaisir à enregistrer cet album. Cela nous a permis de bien exprimer notre nouvelle orientation musicale mais aussi de rendre hommage à ceux qui nous ont permis de connaître le succès dans les années 70 et 80.

Il y a beaucoup de ballades dans ce nouvel album. Votre objectif était de faire un disque romantique ?

Ce n'était pas vraiment notre objectif. Con Funk Shun a toujours fait des ballades : « Let me Put Love on Your Mind », « Loves Train », « Straight from the Heart », « I'm Leaving Baby », « Baby I'm Hooked ». La plupart des albums dans les années 70 n'avaient que 7 à 9 chansons alors avec un nom comme Con Funk Shun, on se devait d'avoir plus de chansons up tempo sur nos albums. Sur un CD, il est possible de mettre 12 à 20 chansons sans aucune perte sonore et le numérique n'a pas de limite. Alors oui, le disque semble dominé par les ballades car nous voulions revenir à cela.

« Con Funk Shun » est le nom d'un morceau des Nite-Liters. La dernière chanson de votre album s'intitule « Nite-Liters ». Était-ce une façon de boucler la bouche ?

C'était une façon pour nous de rendre hommage à l'un des plus grands groupes de funk à doté d'une section cuivre. Les Nite-Liters ont joué le morceau « Con Funk Shun » au Unity Festival de Sacramento il y a 45 ans de cela. Nous assistions à ce concert. Il a joué un rôle majeur dans notre vie de musicien. Nous n'avons jamais eu l'occasion de les remercier. Alors merci mille fois aux Nite-Liters.

Vous êtes en tournée aux États-Unis cet été. Y a-t-il une chance de vous voir en Europe et plus particulièrement en France prochainement ?

Oui. Les choses sont en train de se mettre en place pour ce qui sera notre première tournée européenne. Restez en alerte. Nous vous communiquerons plus d'infos quand nous en aurons.

Quel est votre plus grand souvenir avec Con Funk Shun ?

Ouah il y en a vraiment plein. Que dites-vous de celui-là ? Alors que nous faisions notre quatrième tournée, notre management a eu l'idée de programmer deux concerts la même journée. Nous devions donc ouvrir pour Raydio, le groupe de Ray Parker Jr., à St. Louis à 19h puis nous devions jouer le dernier set de la tournée avec McFadden & Whitehead, Anita Ward et The Gap Band, dont nous étions la tête d'affiche, à Mobile en Alabama. Nous avons pris un vol de Philadelphie à St. Louis pendant que notre bus roulait vers Mobile. Nous avons fait notre set de 30 minutes dans le stade des Cardinals. Nous passions avant GQ et Raydio. Ensuite, on nous a évacué de la scène en urgence et on nous a mis dans des limousines qui nous ont conduit sur un aérodrome privé sur lequel nous attendait le jet qui devait nous amener à Mobile. Alors que nous décollions, le pilote nous a dit qu'il était prévu que nous fassions un crochet pour survoler le stade à toute vitesse. Ray Parker a annoncé au public «Hey vous voulez voir Con Funk Shun ? Retournez-vous et regardez là-haut ! » On m'a dit que tout avait été fait pour que ce soit du tonnerre à voir et à entendre ! Nous avons atterri 55 minutes plus tard. Deux limousines nous attendaient. Les portes se sont ouvertes et le manager de la tournée nous a dit « You bad motherfuckers. Let's go! ».

Nous avons compris à ce moment-là que nous étions faisions désormais partie de la cours des grands dans l'industrie musicale.


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Boris Plantier