C.W. Stoneking : "Mon objectif n'est pas de faire de la musique nostalgique"

Lundi 1 Novembre 2010

Suite à la sortie française du disque Jungle Blues, le chanteur de blues C.W. Stoneking nous parle de sa conception de la musique, de son travail et de ses projets.


C.W. Stoneking : "Mon objectif n'est pas de faire de la musique nostalgique"
Chanteur et banjoïste australien passionné par le blues originel, C.W. Stoneking chante un blues qui semble provenir d'une autre époque. Son album Jungle Blues n'est pas passé inaperçu dans son pays puisqu'il a été récompensé par plusieurs nominations et une victoire (meilleur album de blues) aux ARIA Awards, l'équivalent australien des Victoires de la musique ou des Grammy Awards, en 2009. En tournée promotionnelle en Europe, C.W. Stoneking, accompagné de son Primitive Horn Orchestra, a donné un concert parisien à L'International, le 29 septembre 2010. Il a gentiment accepté de répondre à nos questions.

Ado, quand vous avez commencé à jouer de la musique, quel genre de musique appréciiez-vous ?
Tout type de musique. Sam Cooke, Bob Dylan, Iron Maiden, Jimi Hendrix, le blues originel, le Doo Wop, plein de choses…


Quand avez-vous commencé à écouter du blues d'avant-guerre ?

Je devais avoir 13 ans

Et quels sont les musiciens qui vous ont influencé ?
Plusieurs guitaristes/chanteurs de blues originel mais aussi des groupes vocaux, des groupes de jazz, des chanteurs-compositeurs… Il y en a trop pour les citer et je n'en ai pas de préféré.


Si vous aviez l'opportunité de discuter ou de jouer avec l'un de ces artistes, lequel choisiriez-vous ?

Probablement aucun. J'aime voir les musiciens sur scène mais je n'ai pas envie de jouer avec eux ou de leur imposer ma conversation hésitante et maladroite. S'il fallait en citer un, ce serait le chanteur de blues Robert Johnson.

Il semble clair que vous jouiez un rôle lorsque vous chantez, habillé dans un costume d'un autre temps. Comment êtes-vous dans la vie ?
Le même homme mais sans le noeud papillon. Ça, c'est juste pour la scène.

Votre musique semble avoir été créée il y a un siècle. Vous intéressez-vous à votre époque et aux musiques actuelles ou êtes-vous quelqu'un de nostalgique ?
Je m'intéresse à beaucoup de choses. Mon objectif n'est pas de faire de la musique nostalgique, je suis juste proche de ces musiques anciennes. Elles m'intéressent en tant que musiques mais leur âge m'importe peu.

La musique noire a beaucoup évolué durant un siècle. Par exemple le banjo, qui est un instrument très présent dans vos disques, a disparu de cette musique. Que pensez-vous de l'évolution de cette musique ?
Oui, c'est comme la disparition de la flûte en bambou dans la musique chinoise. J'aime que les musiques évoluent.

L'humour est très présent dans vos chansons. Est-ce important pour vous ?
C'est un élément présent dans beaucoup de choses que j'aime : la musique, l'écriture, mes échanges avec les gens. J'y ai recours lorsque j'ai besoin d'un peu de légèreté. J'aime l'humour.

Vous êtes un conteur. Vos chansons sont de petits contes et votre dernier album intitulé Jungle Boogie est inspiré par votre expérience de rescapé d'un naufrage sur la côté ouest de l'Afrique. Considérez-vous l'écriture des paroles de chansons comme un travail littéraire ?
Oui. Si vous écrivez des paroles, il s'agit presque toujours d'un travail d'écriture créative ou imaginative, bref d'un travail littéraire.

J'aime le manque de forme de vos chansons qui ne reprennent pas la structure habituelle du blues. Est-ce que cela vous permet d'être plus créatif dans l'écriture de vos chansons ?
Toutes mes chansons ont une forme mais je n'emploie que rarement 12 mesures comme c'est la tradition dans le blues. Dans l'écriture d'une chanson, la créativité dépend de bien d'autres choses que de la forme. La musique évoque des choses qu'on ne peut exprimer et je ne pense pas que cela dépende uniquement de la forme. Mais je n'ai pas toutes ces considérations en tête lorsque j'écris une chanson.

La façon dont vous chantez, vos arrangements musicaux et le son de vos disques évoquent le blues d'avant-guerre. Était-ce difficile ou drôle de recréer ce son et cette atmosphère ?

Je ne recrée par un son. J'ai enregistré mes deux derniers albums sur ordinateur. La musique d'avant-guerre était généralement enregistrée de manière acoustique avec un groupe qui jouait dans un grand cornet en métal. On ne fait plus ça. L'atmosphère vient des instruments que j'utilise, de mes chansons, de mes arrangements, etc.… Certains diront que cette musique semble ancienne et d'autres qu'elle semble récente. Tout dépend de votre niveau de connaissance de ces musiques anciennes.

J'ai lu que votre prochain album serait influencé par le gospel. Aura-t-il toujours ce son d'avant-guerre ?
Je ne sais pas mais c'est très probable puisque cela fait 17 ans que je joue de vieux blues. Je suis bien imprégné de ce son.

Quel genre de musique jouerez-vous dans dix ans ? Serez-vous toujours dans le blues des années 20-30 ou explorerez-vous d'autres époques comme les années 40 ou 50 ?
Je n'explore pas vraiment des époques. Je tire mes influences de musiques que je trouve intéressantes ou qui me permettent de raconter le type d'histoires que j'ai à raconter.

Vous avez enregistré « Maggie Mae », la chanson des Beatles pour l'album Let it Be Revisited qui accompagne le magazine Mojo de septembre 2010. Pouvez-vous m'en parler ? Était-ce une expérience intéressante de travailler sur cette chanson et de la transformer ?
La version des Beatles était un fragment de 30 secondes d'une jam session ou quelque chose de ce genre. J'ai étudié les origines de cette chanson sur Internet et découvert qu'il s'agissait d'une vieille chanson de marins à propos d'une prostituée voleuse de Liverpool qui est expédiée vers un bagne en Australie. J'ai réécrit les paroles en condensant les différentes versions de la chanson et nous avons réussi à en tirer une chanson de deux minutes et demie. Je n'aime pas particulièrement notre version mais elle est meilleure que celle des Beatles.

Votre musique semble tout de même un peu étrange car on n'écoute plus ce type de musique de nos jours. Était-il difficile pour vous de trouver un label et un public ?
Non, ce n'était pas trop dur. Les gens aiment la musique qui vient du coeur et qui est harmonieuse, quelque soit l'époque dont elle provient et dont proviennent ses influences. En ce qui concerne le label, j'ai créé le mien, King Hokum Records.

Enfin, vous imitez l'accent noir américain dans vos chansons, un peu comme Al Jolson ou d'autres chanteurs de Vaudeville. Quelle a été la réaction du public noir américain ?
C'est curieux que vous ayez choisi de me comparer à Al Jolson car il avait une voix stridente et outrancière typique des chanteurs pop des années 20. Êtes-vous au courant qu'une très importante partie de la pop musique de la fin du XIXe siècle, du XXe siècle et du début du XXIe siècle est une musique de blancs imitant les noirs américains ? Je pense que les noirs se sont faits à cette idée.


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© Boris Plantier