10e édition du Festival du cinéma coréen à Paris (FCCP)

Vendredi 16 Octobre 2015

Interview. La dixième édition du Festival du cinéma coréen à Paris (FCCP) se déroulera du 27 octobre au 3 novembre 2015, au Publicis Drugstore. L'occasion de dresser un état des lieux du cinéma coréen avec David Tredler, chef programmateur du festival, et de découvrir le programme.


Le nombre des films sélectionnés est impressionnant et certains de ces films sont encore inédits en France. Comment s’est déroulé le processus de sélection ?

Le processus de sélection commence assez tôt. Avec mon équipe de programmateurs, nous commençons à visionner des films dès le début de l’année, vers février. Nous nous tenons au courant de l’actualité cinématographique coréenne tout au long de l’année, quels films sont en production, quels films sont terminés, quels films tournent en festivals, quels films s’apprêtent à sortir. La plupart du temps nous communiquons avec les distributeurs et vendeurs de ces films afin qu’ils nous les fassent parvenir. Parfois les distributeurs nous proposent également les films d’eux-mêmes. Et puis nous allons dans quelques festivals voir ce qui se montre ailleurs.

Cette année encore nous avons ainsi vu 120 ou 130 longs-métrages. Tout au long de l’année on discute des films que l’on voit, avant de faire LA grande réunion finale au cours de laquelle chacun des programmateurs défend ses favoris. Mais il y a toujours une ossature qui se dessine rapidement, complétée par les coups de cœur des uns ou des autres. Cette année nous allons ainsi projeter 27 longs-métrages, répartis entre différentes sections. La section Paysage qui présente un panorama diversifié du cinéma coréen actuel, un Focus sur la comédie romantique, des classiques autour de la Comédie musicale…

Nous diffusons également une trentaine de courts-métrages, dont une vingtaine va concourir dans la seule section compétitive du festival, pour décrocher l’un des trois prix, Meilleur Film, Meilleur Scénario et Meilleur Film d’animation.

Pourriez-vous dresser un état des lieux du cinéma coréen ?

Le cinéma coréen cherche à rebondir depuis quelques années après le grand boum qu’il a connu entre la fin des années 90 et la fin des années 2000. Pendant cette décennie le cinéma coréen a rayonné non seulement sur son territoire mais également à l’international, dans les festivals… Depuis quelque temps il y a un essoufflement de l’influence du cinéma coréen sur la scène internationale, mais il continue à y avoir une vitalité évidente qui s’en dégage. Parce qu’ils ont de bonnes écoles de cinéma notamment, dont sortent diplômés des jeunes cinéastes qui font preuve d’un fort potentiel dès leur premier long-métrage. Cette année nous avons plusieurs premiers films très prometteurs, des films comme « Socialphobia », « End of Winter », « Alice in Earnestland », « Gi-hwa ».

Le cinéma coréen reste également marqué dans son territoire par sa propension à faire naître des succès monstres. Le cinéma coréen est très binaire. Il y a les films indépendants et les films de studios. Les petits films attirent quelques milliers de spectateurs, et les films de studios sont censés attirer des millions de spectateurs. Si un film indépendant attire plusieurs dizaines de milliers de spectateurs, c’est un grand succès. Mais si un film de studios n’attire pas plusieurs millions de spectateurs, c’est un échec. Parce que lorsqu’un film a du potentiel, et commence à faire beaucoup d’entrées, il cannibalise tout. On se retrouve donc tous les ans avec des films qui font plus de 10 millions d’entrées en salles, alors qu’il y a moins d’habitants en Corée qu’en France. Cette année, « Assassination » a attiré plus de 12.5 millions de coréens en salles, et « Veteran » plus de 13.5 millions ! Nous projetons d’ailleurs les deux films au festival.

Qui sont les invités de cette 10e édition ?

Cette année, le festival célèbre sa dixième édition, et pour l’occasion nous recevons 10 invités. Six cinéastes seront notamment présents. Les réalisateurs de « Veteran » et « Assassination » dont je parlais plus haut, les deux grands succès de l’été en Corée. Ryoo Seung-wan, qui signe « Veteran » est un grand spécialiste du cinéma d’action, probablement l’un des meilleurs au monde, et son film est une comédie d’action jubilatoire, il fait l’ouverture du festival. Choi Dong-hoon signe lui « Assassination », un film d’espionnage historique qui se déroule dans un Séoul occupé par le Japon, dans les années 30.

Les quatre autres cinéastes évoluent dans le cinéma indépendant. Jang Kun-jae pour « A Midsummer’s Fantasia », une balade poétique et sensible dans un village japonais, Moon Jeong-yun pour « Gi-hwa », un road-movie truculent, Hong Seok-jae pour « Socialphobia », un thriller sur les dérives du monde connecté, et Kim Dae-hwan pour « End of Winter », un drame familial glaçant.
Nous accueillons également deux productrices, Kang Hye-jung et Ahn Soo-hyun, qui ont produit respectivement « Veteran » et « Assassination ».

Un acteur sera également parmi nous, Hong Hee-yong, qui interprète l’un des rôles principaux de « Gi-hwa ».

Enfin, nous avons un invité exceptionnel en la personne de Kim Dong-ho, un homme passionnant qui est l’un de ceux qui a le plus œuvré pour faire rayonner le cinéma coréen dans le monde, puisqu’il a notamment fondé le Festival de Busan, qui aujourd’hui est le plus grand festival de films en Asie. Il viendra pour donner une Masterclass exceptionnelle, partager toutes ses connaissances sur le cinéma coréen, ses souvenirs et anecdotes. Il nous présentera également un court-métrage qu’il a réalisé.

Quel est le film le plus drôle de la sélection ?

Le film le plus drôle est sans conteste « Twenty » de Lee Byeong-heon, une comédie suivant le parcours de trois amis de 20 ans qui font les 400 coups ensemble et cherchent à décider de ce qu’ils vont bien pouvoir faire de leur vie. Les dialogues sont irrésistibles, les séquences sont superbement conçues et filmées pour une comédie, c’est inventif et loufoque. Nous proposons également un Focus sur la comédie romantique coréenne, avec cinq films, qui offre elle aussi son lot d’humour. « My Ordinary Love Story », « Spellbound », « How to use Guys with Secret tips », « Whatcha Wearin’ » et « Someone Special ».

Le film dont l’humour est le plus improbable est cependant “Scary House”, un film qui a sa section à lui tout seul (Séance Spéciale OVNI) tellement il est inénarrable. Le film se veut horrifique, mais le réalisateur a une conception si unique de la mise en scène, et son film est tellement fauché, il faut l’avouer, qu’il procure des rires irrépressibles. Ceux qui ont l’amour des films improbables, des soirées Bis de la Cinémathèque ou de la Nuit Excentrique, vont se régaler. On le projettera le samedi soir à 21h30 pour se mettre dans l’ambiance.

Et le film le plus émouvant ?

Pour ce qui est de l’émotion, j’ai un faible pour « My Dictator ». C’est un film qui se passe entre deux époques, il commence en 1972 alors que la Corée du Sud vit sous un régime autoritaire, et continue en 1994, après l’ouverture à la démocratie. Le protagoniste est un acteur qui galère pour trouver des rôles, et va soudain passer une audition étrange pour un rôle qu’il doit tenir secret : être la doublure de Kim Il-sung, le dictateur nord-coréen, lors de la répétition d’un sommet entre les leaders des deux camps, Corée du Nord et Corée du Sud. Cela semble étrange dit comme cela, mais en plus d’être un film fort les remous d’une époque dramatique dans l’histoire du pays, le film suit en filigrane la relation du protagoniste avec son fils, et c’est cette relation filiale qui fait le cœur du film, et qui procure une belle émotion.

D’autres films comme « A Midsummer’s Fantasia », « Gi-hwa » ou « Assassination » toucheront certainement de nombreux spectateurs dans des genres très différents.

Le film le plus angoissant ?

Un autre de mes coups de cœur, « Island ». Un film en noir et blanc qui se passe sur l’île de Jeju. Un homme y vient pour hériter de la maison de son grand-père, réputée hantée, et en prenant possession de la maison, il découvre vite que la nuit venue, il n’est effectivement pas seul dans la demeure. C’est un film absolument superbe esthétiquement, et le réalisateur parvient à faire naître une angoissante réelle avec trois fois rien, sinon son beau noir et blanc et une composition des plans qui nous prend à la gorge. C’est un des films les plus étonnants de la sélection, j’ai hâte de voir ce que vont en penser les spectateurs français.

Et je suis sûr que « Scary House » en fera angoisser quelques-uns aussi !

Un film à recommander pour les amateurs de musique ?

Nous avons une section de films de patrimoine, intitulée « Classiques », qui propose à chaque édition quatre ou cinq longs-métrages autour d’un cinéaste ou d’un thème. Et justement cette année, la section met en lumière des comédies musicales coréennes. Nous allons projeter cinq comédies musicales de cinq décennies différentes, des années 50 aux années 2000. Chacune dans un style différent des autres, de la musique traditionnelle à la pop. De quoi satisfaire la curiosité des amateurs de musique au festival.


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Boris Plantier